Janvier à Rome, 3

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Dimanche 9 janvier 2011

Journée tranquille, dernière journée en amoureux avant les retrouvailles du mois de février. Nous avons petit déjeuné de crêpes (faites par K !) sur le balcon, se chauffant à un soleil d’hiver très printanier !

On a beau avoir du temps devant soi, il faut toujours qu’au dernier moment ça soit la course !

Les transports publiques romains laissent souvent à désirer et une fois encore nous nous sommes fait des frayeurs. Puis arrivés à la gare routière, plus de bus disponible pour partir à l’aéroport ! A quoi bon acheter son billet en avance si on ne peut pas monter dans le bus ? Finalement j’ai rassemblé trois autres voyageurs pour partager un taxi et, une fois bravés les embouteillages, nous sommes arrivés à l’aéroport de Campino. Hélas hélas ce n’était pas la fin des aventures. Pile dans les temps, je me suis mise a la file de ryan*a1r, rouspétant intérieurement que ces rats n’avaient mis qu’une malheureuse hôtesse pour s’occuper d’une file plus longue que mon bras ! Une fois arrivée au bout de la file, ce n’était pas la bonne. On respire, on trouve le vrai guichet des play*mob1les, encore une fois il y a la queue, et trop peu d’hôtesses pour prendre soin de tout ce petit monde. On m’apprendra a être humble et patiente : j’aurais du bousculer et passer la file. En recommençant toute l’attente, je me suis faite rabrouée au guichet. Je peux monter dans l’avion mais impossible d’enregistrer mon bagage. Pas de solution de replis offerte. Tant pis pour moi. Panique panique. Que faire de ma valise ? Ces 15 malheureux kilos contiennent l’ensemble de ma garde-robe hivernale et mes bouquins de Noel[1] ! Je ne respire plus du tout, mes jambes se dérobent sous moi, tout à coup je bous, je vois rouge, mon cerveau s’arrête, il n’y a plus que le signal d’alarme « panique » devant mes yeux. Mon grand drame n’est pas passé inaperçu et de généreuses gens ont voulu me venir en aide. Rien à a négocier avec les hôtesses – je ne peux pas leur en vouloir, elles ne faisaient que leur boulot- par contre je n’arrive pas à joindre Marat, le numéros de téléphone que j’ai entre les mains est inexact. Je me sens seule au monde. Je me décide de rentrer en ville par le bus, et de lui faire la surprise de mon retour…

Voici les quelques mots un peu désespérés, crachés comme exutoire en attendant le bus :

« Et ce qui devait arriver un jour finit par arriver. Il fallait bien que je finisse par manquer mon avion. Ai-je pêché par confiance ? Ou bien cela fait-il parti du cours de la vie ? Je ne voulais pas quitter Rome, eh bien je ne suis pas partie. Une foule de sentiments contradictoires se bousculent : une immense impuissance, beaucoup de frustration, une grande incertitude. Il me plait de surprendre Marat, il me pèse de ruiner les comptes de notre foyer. Je me sens très seule. Ni rien ni personne ne semble pouvoir me venir en aide. De la solitude de la voyageuse égarée. »

Et puis finalement le destin n’est pas si cruel, j’en viens à bavarder à un prêtre français assis à coté de moi. Il a beaucoup voyagé, vécu en Argentine, passe le plus clair de son temps à Bénarès, il écrit son mémoire de doctorat en théologie et philosophie entre Rome et New-York City. Il a grandi à Tal-ar-Groaz sur la Presqu’ile de Crozon, nous avons en plus les mêmes racines ! Les bretons sont voyageurs ou le destin a plus d’un tour dans son sac, à vous de choisir. Nous avons de quoi nous comprendre. Nous parlons de nos expériences de l’extrême pauvreté, parlons de foi et de voyage, de rencontres, de la Presqu’Ile bien sur… Il tente de m’aider en appelant Marat, en vain. Il me propose de venir avec lui à Saint Louis des Français, pour le joindre par skype ou par e-mail, puis de nous faire visiter l’Eglise, de nous montrer les trois peintures Caravage qui s’y trouvent. Nous tentons de joindre Marat. Toujours rien. Nous dinons dans la cantine des résidents du séminaire, puis il m’ouvre les portes de l’Eglise, en entrant par la sacristie. Seuls les Caravage étaient éclairés, dans le silence d’une somptueuse Eglise baroque qui dort. J’ai pu m’approcher de l’autel, les contempler en pleine lumière. Il m’a raconte les peintures, la passion de Saint Matthieu[2], si touchante, si violente, si inspirée ; les clairs obscurs et les jeux de lumières sont éblouissants dans l’obscurité de l’Eglise. Je suis restée subjuguée. Puis il a éclairé l’Eglise, doucement, chaque partie l’une après l’autre, les dorures prenant de l’éclat au fur et à mesure que la lumière se faisait plus intense… Le regard ne saurait embrasser d’un coup toute cette splendeur, nichée dans chaque marbre, dans chaque volute, dans chaque dorure. Moment de pure beauté, je suis conquise. Mais il est déjà temps de partir, je monte dans un taxi pour rentrer aux Quatre Vents. Il est presque minuit, rien à sert de se compliquer la vie et de prendre des risques inutiles. Je compte bien réveiller Marat à l’interphone. Je sonne, une fois, deux fois, rien. J’attends, je presse l’interphone comme si ma vie en dépendait. Je crie son nom dans la cour. Rien. Que le silence de minuit. Grande bouffée de désespoir. La gorge qui se sert et les mains qui tremblent. Vais-je passer la nuit dehors ? Tant pis, je sonne chez les voisins. Je réveille ceux du rez-de-chaussée, ce qui m’ont vu passer pendant toute la semaine. La dame ne comprend rien à mon charabia de faux italien mâtiné de bafouilles espagnoles et de français. Néanmoins elle m’ouvre. Je monte les deux étages aussi vite que mes bagages le permettent, et m’acharne sur la porte. Je tambourine, sonne, sonne, sonne. Pas un bruit ne vient de l’appartement. Silence de mort. Je n’entends que la télé des voisins. Marat dort-il à poings fermés ? Les colocataires découchent-ils encore une fois ? Je m’installe sur les sacs, ouvre mon roman pour prendre mon mal en patience et me dit que tant pis, je passerai la nuit dans le couloir. C’est toujours mieux que dehors. J’ai encore une cinquantaine de pages à lire, cela m’occupe quelque temps. Puis la porte de l’entrée s’ouvre, me sortant de ma torpeur. Je reconnais son pas dans l’escalier, je me lève, et vais l’attendre en haut des marches. Il me voit et frôle l’arrêt cardiaque. Le fantôme de Lilou ! Il s’assoit sur les marches, et n’en revient toujours pas. A peine étais-je partie que Marat faisait déjà la bringue avec les autres stagiaires de la FAO. Au moins il ne déprimait pas en s’imbibant de whisky ! Nous avons remis des draps au canapé-lit du salon, et but une tisane, comme si finalement, c’était tellement naturel que je sois là, à Rome avec lui… Tout est bien qui finit bien, c’est ce qu’on dit dans les histoires.


[1] Jamais je ne pourrai laisser l’intégrale de Boris Vian derrière moi !

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