Connaissez-vous Boris Vian ?

Par défaut

Non, ce n’est pas un auteur russe qui aurait chanté les louanges du communisme soviétique, ou été déporté au goulag pour ses vers en forme de poudre à gratter. Néanmoins il manie à merveille l’art de la poudre à gratter. Il n’y a qu’à lire ses textes de chanson[1] ou ses romans sous le pseudonyme de Vernon Sullivan pour le comprendre résolument anti conformiste.

Il s’appelle donc Boris, car sa mère était passionnée d’opéra, et écoutait en boucle la pièce de Moussorgski « Boris Godounov »[2]. Mais ça, c’est une autre histoire. Il est français et jongle avec la langue en faisant des pirouettes.

J’ai découvert Boris Vian avec « L’Ecume des Jours », puis j’ai dévoré ses textes de chanson, je suis allée piquer dans la bibliothèque paternelle pour lire « L’automne a Pékin », « L’herbe rouge » et « L’arrache cœur ». Bravant les interdictions, j’ai dévoré en cachette « J’irai cracher sur vos tombes » et « On tuera tous les affreux », qui n’étaient définitivement pas à mettre entre les mains d’une collégienne…

J’ai écouté en boucle les enregistrements de Vian, « J’suis snob » remportant tous les suffrages… L’Ecume des Jours dans un coin de ma tête dans la catégorie de mes livres préférés que je pourrais lire et re-lire sans m’en lasser…

Un jour la nouvelle tombe, Vian est publié à la Pléiade ! Gloire ! Reconnaissance ! L’intello- à -lunettes que je suis ne peux s’empêcher de jubiler à l’idée des notes en bas de page, introductions, préfaces, postfaces et tout le matériel littéraire qui donnera une lumière nouvelle à son œuvre. Sans compter tous les textes que je ne connais pas, les pièces de théâtre, les nouvelles… Joie !

Alors oui, j’ai dévoré l’introduction générale, j’ai lu les préfaces, et me suis plongée dans ses œuvres de jeunesse… et je me suis bidonnée comme une baleine ! Je ris rarement en lisant, tout au plus je décroche un sourire comme un clin d’œil. Peut-être sont-ce les « avalanches de plaisanteries fines qui [me sont tombées] sur la tête », art familial qui en a déconcerté plus d’un, qui m’ont prédisposé à adorer les jeux de mots, les absurdités, les contrepets et les paradoxes… Le « Conte de Fée à l’usage des moyennes personnes », « Troubles dans les Andains » puis « Vercoquin et le Plancton » en sont saturés. Son humour et ses jeux de mots s’affinent avec les textes, du « […] caressait d’un tendre regard (septembre comme du poulet), […] il se prit à penser que la vie est amère quand il n’y a pas de sucre au fond » du « conte de fée » jusqu’ à l’art de l’absurde porté aux nues dans Vercoquin, Vian déploie une imagination, un goût du cocasse et des bizarreries qui sont des constantes dans son oeuvre. A la fois tout coule de source, le texte est limpide ; mais Vian nous entraîne toujours dans une loufoquerie. Une description s’égaye en néologismes et incongruités, et se perd dans une situation inattendue qui finit souvent en explosion générale. Il a toujours un mot plus haut que l’autre, sont verbe est flamboyant, il pense la vie comme un snob de sa chanson.

« Le mâle portait une tignasse frisée et un complet bleu ciel dont la veste lui tombait aux mollets. Trois fentes par derrière, sept soufflets, deux martingales superposées et un seul bouton pour la fermer. Le pantalon, qui dépassait à peine de la veste était si étroit que le mollet saillait avec obscénité sous cette sorte d’étrange fourreau. Le col montait  jusqu’à la partie supérieure des oreilles. Une petite échancrure de chaque coté permettait à ces dernières de passer. Il avait une cravate faite d’un seul fil de rayonne savamment noué et une pochette orange et mauve. Ses chaussettes moutardes […] se perdaient dans des chaussures de daim beige ravagées par un bon millier de piqûres diverses. Il était swing. » (Vercoquin et le Plancton, p133)

« De temps en temps il se laissait tomber en arrière, en tournant et en vrille, si l’on peut dire, sur les talons, le corps incliné à soixante-quinze degrés sur l’horizontale. Il se rattrapait au moment de choir, par une sorte de miracle, en changeant brusquement de direction, avec la pointe de ses souliers immuablement dirigée vers le ciel et sa cavalière maintenu en respect a une distance respectueuse. Il n’allait presque jamais en avant, mais tirait sa danseuse comme un petit bec a gaz de secours pour lequel se raccrocher. Il ne se passait pas de seconde qu’il n’étendit au sol, knock-out, un couple imprudent et au bout de dix minutes, le centre de la salle lui appartenait sans conteste. Quand il ne dansait pas, Leprince imitait le cri du chonchon ou s’employait à boire une fraction voisine du onzième d’un verre rempli d’alcool dilué pour ne pas se griser trop vite. » (Vercoquin et le Plancton, p130)


[1] Je pense notamment “Les Joyeux Bouchers de la Villette” qui vous donnera un aperçu parlant

[2] Et la c’est moi qui suis ignorante, n’ayant jamais entendu parler du compositeur, ni de son oeuvre…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s