Dans le nu de la vie

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J’avais entendu Jean Hatzfeld parler à Stockholm il y a deux printemps. Il était venu présenter de ce même livre « Dans le nu de la vie », récits et témoignages des rescapés Tutsi au génocide commis par les Hutus, par leur voisins, collègues, parents, et inconnus (Avril 1994 au Rwanda, il y a tout juste 17 ans – vous souvenez-vous de ce que vous faisiez à cette époque ?). J’avais écouté , choquée, le récit du déferlement de violence, organisé, systématisé, méthodique, routinier .

Comme souvent, j’ai commencé par la fin : la reconstruction de la vie des rescapés et le retour des meurtriers du pénitencier au village. Puis, le récit de ces coupeurs, sans remords ni regrets, sans culpabilité ni compassion. Enfin, à la faveur d’une humeur sombre, j’ai entrepris la lecture de la première partie du récit. Celle du massacre dans l’Eglise de Nyamata, de la fuite dans les marais ou dans la forêt, de l’exode, les atrocités des coups de machette et des blessures cruelles. Terrés comme des animaux dans la vase des marais, pourchassés comme du gibier un mois durant dans la forêt, tous les jours à heure fixe, ils et elles avaient rendez-vous avec la mort. Le bétail tué, leurs maisons pillées, détruites, leurs familles décimées, coupées à la machette, pire que dans un abattoir, les tueurs perdant leur humanité en leur retirant la leur.

Comment peut-on lire trois tomes des pires horreurs humaines ? Ce n’est pas une fascination morbide, mais une volonté de comprendre le vécu des rescapés, d’écouter leur parole. L’acte barbare ne peut souffrir de compréhension. Mais le récit des survivants, leurs états d’esprits, leurs souvenirs, leurs perceptions, le manière d’appréhender et de parler du passer, ainsi que la vie au présent, dans la foule des absence, dans la solitude du rescapé, dans l’impuissance face à la vie… voilà ce qui m’a poussé à lire ce récit de violence et de souffrance.

Il y a aussi de la beauté dans ce récit, la langue des Rwandais est très belle, très chantante, poétique. Les description de J.H. sont très justes, très bien écrites, elles placent le décors simplement, pour laisser la parole à Sylvie, Innocent, ou Francine. Face à l’incompréhension chronique transparait et explose leur volonté de vivre, avec en creux un besoin d’exprimer des souffrances insondables et des mots qui débordent de la bouche pour se sentir encore vivant, pour ne pas oublier, car ils ne peuvent oublier. Ils sont tous vivants, pourtant absents, détachés, en retrait, ou comment rejoindre la société quand on a été déshumanisé par ses pairs…

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