Faut pas m’chercher !

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Faut pas m’chercher !

Mes colocataires sont tous partis, ils ont rejoint leur pays lointain pour faire leurs mois de recherche sur le terrain.

J’ai une grande maison a moi toute seule. S’il n’en tenait qu’a moi de payer le loyer, ça me coûterait un mois de salaire,  pas même de quoi cuisiner des pâtes a l’eau.

Je me réapproprie l’espace avec l’idée de quitter ma chambre au sous sol avec sa fenêtre de prisonnier pour aménager dans la master bedroom. J’attends K, pour que nous déménagions a deux cette fois.

Le printemps est revenu, j’espère pour de bon. (Si, il a neige la semaine dernière, j’avais ressorti mes vêtements de laine). Grand ménage donc. Il y  a des couches de poussière qui pourraient être datées au carbone 14. Je décroche les tableaux que je trouve vraiment trop moche, et me demande si je vais encadrer mes jolies affiches pour combler les vides. Mais entre mon style et celui de la maison, il y a comme un écart, de génération ou de goût… je penche pour le goût, et c’est rédhibitoire.

Et puis je m’attaque au menache la grande chambre, celle que je convoite. J’explore ses capacités de rangements qui sont bien maigres au final. Surtout quand pas un des tiroirs miniatures est vide. Il y a même des dessous en soie qui traînent ! Comment voudriez-vous se sentir chez soi au milieu des culottes d’autrui !? Je suis mécontente et choquée[1], limite furibarde, c’est la goutte qui me sort de mes gonds… Résultat, je me relève en trombe et me fais lobotomiser par la clef d’un secrétaire branlant. L’avantage quand on est tout seul dans une maison c’est que le flot de grossièretés éructées a plein poumons qui s’en est suivit ne rentrera pas dans les annales de l’histoire. Tant mieux.

Pour me calmer les nerfs, je passe au jardin. Adieu aspirateur et serpillière, vive le rouleau a herbe[2] ! Comme je ne sais pas ou acheter du carburant pour la tondeuse et que je n’ai absolument aucune expertise en matière de moteur, je me retranche sur la force (c’est un bien grand mot) motrice portée par des protéines animales et végétales et mets mes maigres kilos au service du poussage et tirage du rouleau. Je joue à Gaston Lagaffe en contournant les petites fleurs (mais pas toutes) et me démène comme une diablesse sous le soleil. C’est plus tard en rentrant du ravitaillement que je constate que oui, ça se voit que j’ai tondu l’herbe, et cela m’apporte une grande satisfaction ! Je couronne le tout en expérimentant quelques recettes : du bizarroïde que je n’oserai a servir a personne d’autre qu’a moi même (crêpes de farine de lentilles vertes fourrées a la purée de carotte) aux succès a faire partager au plus grand nombre (moelleux a la banane et au cœur d’amande fondant a souhait), je m’éclate devant les fourneaux.

Et puis ce soir je m’indigne, j’ai lu Stephane Hessel dernièrement, et je me suis rendu compte que je suis une indignée de longue date – et ce n’est pas prêt de s’arranger. Cette fois je regarde l’excellent documentaire intitulé « Pret-a-jeter » qui porte sur l’obsolescence programmée des produits de consommation. En gros ils racontent l’histoire de la création et de la mise en place de ce concept, sans lequel la société fondée sur la  croissance et soutenue par la consommation ne tiendrait pas : si les gens n’avaient pas a acheter sans cesse de nouveau produits (une voiture neuve tous les 3 ans, des ampoules tous les ans, et des textiles en n’en plus finir), il n’y aurait pas de croissance et notre modèle économique effondrerait. Ce documentaire explore les enjeux éthiques, écologiques, pose des questions et offre les différentes options proposées par acteurs et activistes : de la décroissance radicale au développement durable suivant le degré de radicalité et d’instinct révolutionnaire. Entre les deux je ne sais faire mon choix, mais je me sais indignée et ça, ce n’est pas prêt de s’apaiser !


[1]Pas vous ? Si je quitte ma maison pour 2 ans et la loue a de parfaits étrangers, je ne laisse pas traîner ma dentelle !

[2] Il ne s’agit pas non plus de rouler de l’herbe, ce n’est pas exactement le même registre d’activité…

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