Une Javanaise a Umea

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Il y a en Suède, deux temps forts dans l’année. Ce n’est pas la chandeleur et Roland Garros[1], mais la célébration des deux solstices, Noel et Midsommar. Je vous épargne Noël, vous connaissez, et pensez Midsommar comme un Noël fin juin, mais en guise de cadeaux aux pieds du sapin des danses autour d’un mat agrémenté de verdure et de rubans. A Noel il fait nuit toute la journée, a Midsommar, il fait jour toute la nuit. Et toutes deux sont des fêtes familiales attendues et préparées avec soin, anticipées avec frénésie, proche de l’obsessionnel quand on ne se sent pas concerné. Mais impossible de rester seule les bras croisés pour Midsommar, cela serait bien trop austère, bien trop triste.

C’est donc l’occasion de partir en expédition vers un Nord encore plus au Nord que le mien, mais tout de même a une centaine de kilomètres au sud du cercle arctique polaire. Je n’avais pas trouvé la volonté d’aller voir Nathou à Umeå en hiver – trop froid, trop sombre, trop de neige, pas besoin de ça, sauf si un jour je pars vivre au Portugal. Mais pour Midsommar je n’esquive pas, je m’invite.

Cela faisait plus de dix ans que je n’avais pas pris de train de nuit, et le voyage a pris un air d’aventure, d’expédition, avec des moustiques gros comme le poing et des orages à faire frémir à la clef. Pour bien commencer, nous n’étions pas encore sortis de Stockholm que nous avons gagné d’un seul coup d’un seul deux belles heures de retard : nous n’avions pas encore passé Solna que nous nous sommes arrêtés pour… changer de moteur ! Je suppose qu’il s’agissait de la locomotive. Mais en faisant l’analogie avec les avions, s’il avait fallu changer un réacteur après le décollage, je ne serais surement pour là pour l’imaginer… Cahincaha, je me suis endormie avant même que nous redémarrions. Quel bonheur de voyager allongée, étendue, détendue… La contrôleuse me réveillera une demi-heure avant l’arrivée, pas de panique, je n’oublierai pas de descendre, je suis sans crainte d’aller passer Midsommar avec les ours polaires. Cela ne m’empêche pas de faire des cauchemars de SNCF et de me réveiller sans trop savoir où je me trouve. Toujours est-il que je me suis faite réveillée non pas avant d’arriver à Umeå, mais avant d’arriver a « Venise ». Pardon ? Encore un rêve ou une aberration ? Le train serait-il parti dans l’autre sens ? Non non, il s’agit en fait de Vänäs, localité nettement moins exotique, où nous dépose le train, pour rattraper le temps perdu avec les histoires de moteur et de réacteurs. Là un bus nous attend pour une dernière demi-heure de voyage. Tout le monde semble trouver cela très normal et personne ne moufte. Pourquoi pas ?

Et Nathou m’attends, vaillante a 5heures du matin, pour conduire chez elle. Tout le monde m’avait promis du beau temps là haut, mais c’est un crachin très breton qui nous cache le presque soleil de nuit…

Au cours de ce weekend prolongé, nous n’avons pas joué les aventurières. Nous ne sommes pas parti à la pêche ni à la chasse au caribou, nous n’avons pas fait de ski de fond ni foutu le feu à la forêt[2]. Nous avons beaucoup dormi, écouté de la musique, bien mangé (un vénézuélien !), fait des albums photos, regardé des films, rencontré des amis et… fait les javanaises ! C’est à dire que tout comme a Java, nous nous sommes baladées à deux sur un vélo (là bas ç’eut été sur une mobylette, mais on est les Javanaise qu’on peut). Je me suis trouvée projetée deux étés en arrière, admirant ces familles, Papa conduit, Maman assise derrière, en amazone, un gamin sur le guidon, un autre entre les parents, sans compter ceux sur les genoux et ceux dans le tiroir ! Nathou et moi n’étions que deux, mais une fois trouvé mon équilibre, j’ai arrêté de geindre et nous avions belle allure. J’admets tout de même que dans les descentes un peu enthousiastes, j’ai eu des réminiscences de brousse nigérienne où, agrippée à mon interprète, je me perdais en (pas si) veines prières pour arriver vivante et entière à destination. Je sais pas si le bitume est moins dur que le sable, mais étrangement, et rétrospectivement, il fait moins peur. Nous avons gouté notre quart d’heure de gloire en faisant les Javanaises en… trainant ma valise derrière nous pour aller a la gare à toute berzingue ! Il faut nous imaginer, Nathou avec un fichu sur la tête, moi assise sur le porte bagage comme sur mon canapé, en grand chapeau et manteau à pois (oui, les deux !) volant derrière[3], suivit de ma précieuse petite valise rouge qui n’avait jamais connu de tels exploits de vitesse ! Que nous étions belles et rutilantes ; et cela va sans dire que nous étions en descente, Nathou a beau avoir du cuissot, en montée ç’eut été moins grandiose.

Bref, Umeå est une bourgade charmante qui accueille des universitaires sympathiques et une précieuse amie, j’y ai reposé mes nerfs et ma fatigue. J’y retourne l’année prochaine ?


[1] Dont je n’ai jamais compris les règles mais que j’aime regarder

[2] c’est la spécialité de Nathou, elle cultive le charbon !

[3] le manteau, pas moi !

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