Brousse et Bavardages : orpaillage et desespoir

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Jeudi 23 septembre 2011

L’hôtel de l’amitié n’était finalement pas si pourri que cela… un peu sombre, pas très neuf mais bon, décent. Je me suis malgré tout battue avec la climatisation toute la nuit !

Au petit matin une collègue a vu un régiment de mirlitaires fièrement courir le long de l’avenue principale, en chantant gaillardement. Le calme n’est que temporaire et l’armée veut faire savoir qu’elle est bien présente, et bien entrainée. Prête a tout ?

Encore une journée sur la route. Avant de repartir, nous passons jeter un coup d’œil a la maison que nous occuperons ces prochaine semaines. L’endroit est un peu en retrait de la ville. Nous serons donc dépendant du chauffeur pour faire la moindre course. De jeunes arbres sont plantes dans la cours, mais ils ne sont pas encore assez grands pour faire de l’ombre et rafraichir l’air. La façade est couverte de vigne vierge ou l’équivalent local. C’est chouette ! L’intérieur est un peu petit pour notre fine équipe, puisqu’il y a deux chambres et que nous sommes huit: 3 ±suédoises, quatre assistants de recherche/interprètes et un chauffeur. Un étudiant en master allemand devrait nous rejoindre quand E sera partie, et on ne sait pas quand Maurice – le thésard du Burkina – nous rejoindra. L’intérieur n’est pas très design IKEA, les meubles sont massifs volumineux, laissant peu de place pour circuler. Mais au moins nous avons des canapés pour nous affaler ! Il y a des ventilateurs et de la clim, de l’eau courante (pas potable, faut pas rêver) et de l’électricité, un genre de cuisine. On devrait s’en sortir ! C’est d’un luxe inouï par rapport aux villageois avec lesquels nous travaillons, et aussi en comparaison de notre maison de Mayahi au Niger. Mais ce confort qui nous rassure ne nous permet pas de nous soustraire complètement à la terrible pauvreté de nos informants.  Encore une fois, les récoltes ne sont pas bonnes du tout. Il faut dire que la marge de manœuvre entre ce qui nourri tout juste la famille et celle ou rien de pousse, est maigre. Quelques millimètres de pluie suffisent a faire la différence, et cette année, c’est déjà trop tard. De nouvelles pluies ne permettront pas de rattraper ce qui n’a pas poussé, et n’aideront pas a faire sécher ce qui est presque prêt à être récolté. Et c’est un crève-cœur de voir les gens s’échiner sur leurs terres alors que maintenant les dés sont jetés, cela ne sert plus à grand chose.

Nous passons sur une région d’orpaillage et de mines d’or artisanales. C’est le désespoir incarné. Les hommes descendent dans des trous des mines,  les femmes et les enfants font de l’orpaillage, tamisent, ramassent la poussière d’or sans fin. Les gens creusent avec des moyens dérisoires ou tamisent toute la journée, et meurent très facilement. Les galeries s’effondrent, les gens tombent dans des trous ou s’y font pousses voire enfermer, d’autres se noient des qu’il pleut. L’agriculture est abandonnée, mais ce n’est pas pour le mieux, la misère est désespérante. Il y a quelques crâneurs qui ont des motos et sortent avec de jolies filles parce qu’ils ont risqué leur vie pour quelques grammes d’or… Le paysage est troué, il y a des villages abandonnés, la misère agricole est terrible, la misère minière est révoltante, monstrueuse. Nous croisons au détour de la route un convoi digne d’un narcotrafiquant. Deux motos devant, deux motos derrières, avec des gars en armure armés de kalachnikov, pareil dans la voiture, et un gars comme un prince a l’arrière. Il est de ceux qui vivent sur la misère des autres, le collègue dans la voiture nous parle des richesses de ceux qui exploitent les mines d’or et les travailleurs. C’est au delà de l’imagination, au delà du bon sens, éhonté, honteux. Puis l’or part directement en Europe, sans que ses bénéfices soient redistribués à la case départ. Quel désespoir pousse les gens à choisir ce genre de vie, il faut que la terre ne promette plus rien pour l’abandonner pour une poudre d’or si fine… Je suis choquée indignée, j’en suis malade, j’en suis  terriblement triste. Mon estomac se noue et je ne peux plus rien avaler quand enfin nous nous arrêtons pour déjeuner. L’or me rend triste, les dorures et parures sont de sang et de sueur, de misère intolérable, de mes larmes de compassion. Oh je sais combien je peux paraître naïve et sensible, mais il y a une différence entre savoir intellectuellement les horreurs minières – j’avais vu les magnifiques photos Sebastio Salgado et lu a leur sujet, mais les rencontrer, sans même parler avec leurs victimes est une expérience qui remue et fait changer.

Une des nombreuses mines d'or sur la route de Kongoussi

Nous sommes finalement arrives sur un site qui m’a beaucoup plus, une route bordée de champs et d’arbres, avec des collines de part et d’autre. Nous avons été emportés d’un élan de sympathie pour ces lieux, sans même rencontrer les populations ; peut-être le contraste avec la région minière, plateau desséché était trop agréable. Nous nous sommes arrêtés pour acheter des pastèques sur le bord de la route (200CFA a l’unité ! ≈ 30centimes d’euros), puis des melons verts, nous avons vécu l’aventure en traversant un barrage inondé ou les gamins se baignaient et les autres taquinaient le poisson.

traversee d'un barrage innonde

Elle est belle la fin de la saison des pluies ! Nous avons eu un moment d’hésitation en arrivant a Kaya, impossible de trouver du diesel, le retour à Ouaga était en péril ! Mais au bout de la troisième station service, nous trouvons du diesel, gorgeons notre réservoir, et reprenons la route, sur le goudron cette fois. Sur les bords on voit les résidus de la présence française. Comme sur les routes de campagnes bordées de platanes (ceux qui s’attaquent aux automobilistes vous savez), il y a les résidus des routes françaises le long de la voie que l’on reconnaît aux arbres majestueux qui ont bien eu le temps de grandir en cinquante ans d’indépendance.

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