Brousse et Bavardages : Des maux de confiance

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Le vendredi 14 octobre 2011

Ne te laisse pas absorber pas la douleur petite Lilou. Tu la regardes et elle t’obnubile, il n’y a plus qu’elle et le reste du monde s’évapore. La douleur te prend par le ventre et te cloue au sol pour que tu ne puisses pas regarder ton angoisse profonde et tes peurs.

Le manque de confiance te ronge : de quelle science seras-tu capable ? Plus tu doutes, plus tu doutes. La peur façade du manque d’hygiène et de confort reflète celle de ta capacité de survie en environnement hostile. L’hostilité est une perception erronée, l’amateurisme scientifique aussi. Tu voudrais appeler ton mari, ta maman ou la fée à l’aide, te refugier en face du grand Bouddha du Village des Pruniers. Mais c’est en toi que se trouvent l’apaisement de tes maux et la confiance qui te fait défaut.

 

Inspire, expire en pleine conscience,

J’inspire et je sens que je suis vivante

J’expire et je souris à la vie en moi et autour de moi

 

Goûter au plaisir d’être assise dans un fauteuil dans une chambre fraiche, je me nourris de cet instant pour ce qu’il est.

 

Réveillée par la douleur au petit matin, je suis sombrée dans la panique, prostrée, inerte, n’ayant plus que la douleur qui me rappelle que je suis vivante. J’use des huiles essentielles pour calmer mon corps et mon esprit, et m’assied longuement en méditation. En suivant mon souffle je m’apaise et la douleur part petit à petit, je fais le calme dans mon corps, je rends le calme à mon esprit, je respire, il n’y a plus que cela qui compte. Quand je sors de mon état méditatif, la douleur revient au galop et me cloue de nouveau. Je ne veux pas qu’elle gagne, je ne veux pas devenir folle de douleur et d’angoisse. Je respire, chaque mouvement doit être pleine conscience, je souffle sur les pensées parasites pour les chasser de mon cerveau, je cultive des petits plaisirs de Sibelius et de chocolat, je lis Homère, je me mets au travail. La thérapie par le travail : quand je suis concentrée, les angoisses ne peuvent m’atteindre. Pourtant je suis fragile, chancelante. La douleur fait de violentes incursions, qui me laissent paralysée, sans voix, jusqu’à ce que je reprenne ma respiration, que je revienne à moi. La douleur n’est pas moi, elle n’est que la tempête de mon angoisse, elle n’est pas moi, elle ne m’appartient pas. C’est avec les mots de ma maman et ceux de K que je m’apaise le mieux. Mais le départ de Ouaga me hante. J’ai appris la veille que mon interprète me lâchait. Cela ne m’aide pas vraiment. Nous étions en train de nous habituer a travailler l’une avec l’autre, à trouver un équilibre, et à s’apprécier mutuellement. Elle m’envoie un gars dont je ne sais pas le nom et qui ne sait pas le mien. Il faut tout recommencer à mi-parcours, cela ne m’enchante guère. Nous prenons la route de Kaya pour aller la chercher ainsi que H2 à Zarin Mossi où ils ont passé deux nuits. Je continue de lutter contre la douleur et d’apaiser mes bouffes d’angoisse sur la route. Quand nous arrivons au village, je me sens bien pale et faible, ils sont crasseux mais radieux ! Ils ont encore reçu une flopée de poulets et une pintade, des sacs d’arachide, de haricots et j’en oublie surement ! Je fais le point avec Mawa sur son travail des derniers jours. Elle n’a pas eu la vie facile : les plaisanteries à parenté sur son origine Samo alors que nous travaillons en territoire Mossi sont devenues excessivement lourdes et en sont devenues intolérables. Sur le chemin du retour, nous avons fait un tour au village de Koalma pour acheter des brochettes de viande au marché. Au sortir de la voiture, nous avons étés accaparés par un groupe de vieux avinés qui lui en ont fait voir de toutes les couleurs. Le secrétaire général du CVD, qui est notre principal contact ici, était très mal à l’aise. Je lui ai demandé des rendez-vous dans les ménages pour le lendemain, en suggérant qu’il serait peut-être bon d’aller saluer le chef traditionnel du village. Il a esquivé en disant que ce dernier ne serait pas là demain. De ce que j’ai compris a posteriori, c’est que le chef était là quand j’ai posé la question, mais passablement imbibé et que le CVD ne veut pas que nous le rencontrions. Il y a comme des tensions entre le pouvoir traditionnel décadent et le pouvoir moderne plus jeune et dynamique. Il paraît que les fils du chef de village se comportent n’importe comment et se prennent pour les rois du monde, se croient tout permis. Les gens de Zarin Mossi nous ont déconseillé d’aller même dormir à Koalma parce qu’on ne sait pas trop ce qui pourrait nous arriver. Voilà qui fait plaisir ! Pour continuer avec les feedbacks des jours de terrain de Mawa, elle n’a pas eu non plus accès aux jeunes ménages que nous ciblions : vivant de l’agriculture, ni trop riche ni trop pauvre et dans la force de l’âge.  Il faut impérativement passer par les chefs de concessions qui sont toujours des vieux nantis avant de pouvoir parler a quiconque. Puisque cela fait plusieurs semaines que nous nous heurtons à ce problème, on va le contourner. Dans mon protocole je décide d’ajouter le chef de concession plus un jeune ménage en paire pour chaque sous-village. Cela donnera une idée des modes de vie de deux générations et des différents niveaux de richesse. Et puis comme ca j’aurai accès aux jeunes et aux vieilles pour la suite de ma recherche. Faisons de cela un mal pour un bien. La Je n’ai pas grand appétit le soir. Je ne suis pas du tout enchantée par le riz-sauce arachide, peut-être très bon, mais définitivement pas mon plaisir quotidien… Puisque je souffre du manque d’hygiène, je demande a ceux qui font la cuisine de bien vouloir nettoyer le plan de travail derrière eux parce que sinon ca reste sérieusement dégueulasse jusqu’au lendemain, il y a des fourmis qui ont investi notre cuisine, et la natte sur laquelle on mange est infesté par les mouches. J’ai l’impression d’être un troll parmi les trolls, avec mon lot de mouches qui me tournent en permanence autour de la tête, sauf que je n’aime pas ça du tout.

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