L’ascension de la montagne

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Ma vie n’est pas un plat pays, je ne l’ai pas choisie ainsi.

Des montagnes de toute taille poussent autours de moi, comme des pâquerettes au printemps. Elles rivalisent de beauté et de grandeur avec les Tian-Shan, avec de somptueux sommets enneigés. Et moi je les regarde de la hauteur d’une petite sourie perchée sur un tabouret.

Ces jours-ci je prends mes peurs par la main et les emmène à l’ascension de mes projets. Sur une pente hivernale, couverte de neige englacée, je grimpe la montagne de la langue suédoise. Chaque matin, j’endosse un costume d’élève immigrée au milieux de tant d’autres immigrés qui apprennent le suédois. Quatre heures par jour je repasse de l’autre côté de la barrière et redeviens élève parmi les élèves.

Il y a des profs titulaires et des remplaçants, de bons profs et d’autres avec qui les minutes s’égrainent avec une longueur infinie. Il y a des gentils, des impatients, de ceux qui radotent , certains qui avancent, d’autres qui s’en fichent ; souvent réunis dans la même personne, humains tout simplement. A la fois, le rôle d’élève transforme l’humain. Spectateur quatre heures durant, l’élève reçoit et observe. Et quand les autres élèves arrivent et repartent au milieu du cours, sortent pour téléphoner, ou qu’il à 50 élèves pour 30 chaises dans une classe qui ne peut qu’en accueillir que 25 et que le prof s’emballe (légitimement), alors je me lasse.

C’est si facile de critiquer lorsqu’on est élève. C’est si facile d’être sarcastique lorsqu’on est élève. Comment la remplaçante, geignarde, ose-t-elle nous bassiner des (petits) malheurs de sa vie, alors que la majorité de la classe est constituée de réfugiés fuyant des pays en guerre ou des régimes autoritaires ?

Aujourd’hui, un malheureux polycopié mâché et remâché quatre heures durant, entrecoupé de lamentations diverses et peu variées me donne des envies de suicide ou de meurtre, au choix. Pourtant, hier je me suis régalée : accrochée aux lèvres de l’enseignant la grammaire suédoise ma livré quelques secrets que je garde bien au chaud dans ma mémoire. La semaine prochaine, je passerai un examen (de quatre heures !!) pour monter d’un niveau et changer de classe. Je serai triste de quitter mes nouvelles copines mais pas fâchée de me séparer de la remplaçante.

Les examens de suédois, anciens Himalayas se transforment en petites buttes sur lesquelles je me hisse pour contempler mes autres montagnes…

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