« Vas-y gag’dé : j’vé t’péfra ! »

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« Vas-y gag’dé : j’vé t’péfra ! »

« Vas-y gag’dé : j’vé t’péfra ! », comme le dit mon Amy avec tant de verve et l’élégance… Il a fallu à mon K une leçon de « verlan » pour parvenir à saisir la subtilité de cette injonction.

Toujours est-il que nous mettons ces mots en action, avec une pratique pas du tout pacifique et encore moins non-violente. Oui, je sais, cela ne me ressemble guère, c’est simplement une nouvelle fenêtre que j’ouvre dans la grande maison de ma vie. Yoga, méditation, crochet, peinture, lectures, massages, c’est bien beau, mais ce n’est pas très défouloir. Alors, inspirée par mon Inès, encouragée par mon K qui cherchait un partenaire de crime, titillée par ma curiosité et un article dans Causette (mon magazine féminin/iste préféré) et poussée par l’envie de pouvoir me défendre, nous voilà partis pour notre première leçon de Krav Maga. Quoi-qu’est-ce ? Eh bien de l’auto-défense version Mossad. Oh yeah !!

Cela nous a pris plusieurs mois de réflexion, deux semaines d’actions manquées à ne pas parvenir jusqu’à la salle du club, mais nous y sommes arrivés. J’ai réussi à oublier le short du K qui a fait son premier entraînement en pantalon de ville, qui a tenu le choc (le pantalon tout autant que K !).

En descendant dans l’antre du club de krav-maga lundi soir, une certitude nous est venue au narines : c’est une activité mâle, cela fleurait le panard rôti. Littéralement. Des bruits sourds, les cris, des chutes résonnaient dès l’entrée de la caverne. Arrivés en bas, passés le comptoir, nous tombons face à une salle d’entraînement, remplie de fous-furieux vêtus de noir et passablement occupés à se jeter les uns sur les autres avec vigueur. Il y a deux femmes au milieu d’une trentaine de mâles à la tête de biker. Je l’écris volontiers, à ce moment précis, j’étais prête à me tirer, à prendre mes jambes à mon cou et mon K sous le bras pour aller faire l’amour plutôt que la guerre…

On nous prête des protèges dents et des « protège-bas-ventre ». Ce n’est guère le sous-vêtement le plus délicat jamais porté, mais il a le mérite de protéger ce qui est précieux. D’ailleurs, tous les bijoux doivent disparaître, alliances comprises. Mes lunettes ne sont pas des bijoux mais elles sont autrement plus précieuses… Je choisi cependant de les garder, car y ne rien y voir est peut-être encore plus dangereux.

Les mastards s’en vont et c’est le tour des débutants, nettement moins baraqués, des lunetteux, plus de filles… cela me rassure. Je crains que nous commencions l’entraînement avec trop de course, de pompes, de tractions et d’abdos, j’ai peur de ne pas suivre le rythme et de m’écrouler en un rien de temps, de mourir quoi. Heureusement, ce n’est pas le cas, nous nous entraînons promptement à parer les coups. J’essaye de te toucher l’épaule et tu me bloques. En même temps tu essayes de me toucher les pieds de la pointe des pieds, et je t’évite. Et réciproquement. A sautiller en permanence, à attaquer tout en se défendant, on se réchauffe, on s’essouffle vite. Nos avant-bras sont rouge-écrevisse à force de croiser le fer. Heureusement, ni cubitus ni radius ne furent brisés, il n’y a pas tant de grosses brutes parmi nous. Au début je ne sais pas vraiment quelle vigueur adopter, j’ai peur de faire mal plus que de me faire mal, j’ai peur que la violente en moi ne se réveille.

Puis, entre deux réflexes de défense à acquérir, nous avons fait des séries d’abdos (finalement pas si redoutables), de pompes (13 /20 à la première série, zéro pointé à la deuxième), des sauts de grenouille (là, j’ai perdu le compte)… Les premiers qui ont fini se relèvent (pourquoi les garçons finissent-ils toujours en premier ?) et encouragent ceux qui sont encore dans l’effort, frappent des mains. Cela donne de l’énergie et du courage pour finir… ou pas ! Etant donné les courbatures de mes triceps naissants, je suis contente de n’avoir point poussé la bête trop loin !

Si l’on m’avait dit il y a encore un mois que je mettrai tant d’énergie à frapper un coussin, jusqu’à faire reculer et chanceler mon partenaire se protégeant avec le dit coussin, je ne l’aurai pas cru. C’est difficile d’y mettre tout son corps et tout son poids plutôt que juste la violence de son bras. Ce ne sont pas des choses que je sais faire, qui ne sont pas dans mon expression corporelle.

Nous changeons de partenaire à chaque exercice. Il y en a des sérieux, surtout des filles et des lunetteux sérieux comme des papes et qui serrent les dents. Mais en étant tout sourire –  je ne sais pas faire autrement –  je me suis fait des copines et des copains, avec qui s’entraîner à se taper dessus devient un exercice de rigolade. Mal aux zygomatiques, c’est dire ! Ce qui m’arrange, c’est que tous ne parlent pas suédois, nous sommes donc plusieurs à avoir besoin de traduction. En effet, j’ai l’impression d’avoir du gruau dans le crâne et je ne comprends rien à rien aux instructions, c’est peut-être du suédois, mais celui-ci m’échappe tout à fait. Est-ce le vocabulaire employé, l’accent ou l’intonation ?

Ce fut encore plus étrange encore d’apprendre à se protéger la tête pour éviter les coups, et foncer dans l’adversaire pour mieux se défendre et prendre le dessus. Nous mimons les coups la main ouverte, pas de poing fermé, et bizarrement, je fini de les mimer en caresse plutôt que de m’arrêter à cinq centimètres… cela fait rire mes partenaires.

Finalement, ce fut plus facile pour moi d’apprendre à foncer dans le tas (ou l’adversaire pour être plus précise) que de foncer dans le coussin. Dans le cas du coussin, j’essayais de viser, pour ne pas faire mal, tandis que dans le second cas, c’est à l’autre de se défendre, sans chercher à se blesser évidemment. Peut-être qu’au fond j’ai une âme de rugby-girl, sait-on jamais, il faudrait juste que je cesse d’avoir peu du ballon !

J’ai retrouvé en apprenant à me battre une sensation de jubilation datant de mes onze ans. Avant que mes genoux ne se mettent en grève le temps de mon adolescence, nous avions un cours de sport en lutte. Je mettais toutes les filles au tapis en un rien de temps, et les garçons aussi. Si les premières me traitaient de violente d’un ton dédaigneux, les seconds étaient surpris que cette grande maigre trop sage se transforme en tigresse sur le tatami.

Le K et moi sommes sortis du cours en nage, mais heureux comme des gamins qui ont fait un bon coup, rincés, vidés, affamés, mais heureux comme après un match de basket (dixit le K).

Cette sorte d’euphorie est restée pendant deux jours, comme si je réintégrais un partie de moi remisée au placard du grenier pendant des lustres.

Ce soir nous remettons ça, mes triceps ont encore grise mine et je redoute les pompes, mais je suis super contente d’avance !!

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