L’art de la mandale : en recevoir et en donner

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L’art de la mandale : en recevoir et en donner

Deuxième entraînement de krav-maga. Les muscles sont encore ahuris par notre première session, la fatigue qui fait dormir comme une masse règne à la maison.

Cette fois, nous arrivons mieux préparés : nous avons nos propres protections et nos T-shirt noirs de rigueur. Seules mes chaussettes à fleurs bariolées ne sont pas en harmonie avec style du lieu. Encore un investissement ? Je ne pense pas ! Gardons le flower-power jusqu’au bout.

Pour nous échauffer, nous recommençons à croiser le fer à coups d’avant-bras. Là, c’est la surprise : les bleus de lundi ne se sont pas résorbés et ça fait mal… vraiment mal. Lorsqu’il s’agit de mimer un combat d’escrime, je m’amuse et souris – en serrant les dents. Je souris d’autant plus que je m’entraîne avec un homme auquel je n’oserai pas marcher sur le dernier des arpions dans le métro… C’est un mastodonte de plus de 2 mètres  qui fait facilement le double de mon poids. Je me sens David contre Goliath, l’agilité face à la force brute. Mais j’ai beau être souple et agile, la force brute a des bras plus longs que moi et je ne sais pas qui a gagné à ce petit jeu là… On compte les bleus ?

La suite des opérations fut nettement moins drôle et amplement plus difficile. Prenez une Lilou freluquette qui jouait la bagarre avec son frangin quand ils étaient petits, et un métalleux enthousiaste. Mettez les en position de combat. Donnez à la Lilou deux coussins sur les mains et laissez-là les bras tendus à la hauteur du visage, recevoir des mandales du métalleux. 400 plus précisément, le K a fait le compte. Quand j’écris mandale, je le pense jusque dans ma moëlle. Ce n’est pas une claque, une torgnole, une gifle ou une baffe, et pas encore un coup de poing. C’est un coup qui part de loin ; le poids du corps qui se projette dans la collision, c’est toute la violence qui s’exprime en vague puissante qui fait vaciller. Et pas que vaciller d’ailleurs. C’est plus éprouvant d’être le réceptacle, de recevoir l’onde de choc et de rester stoïque, les bras levés, les épaules en feu. Je serre des dents et compte en hurlant, pour faire sortir les chocs incessants que je reçois, les langues se mêlent dans ma bouche : suédois, anglais, français, je voudrai juste crier. A un malheureux moment mes bras me lâchent, et sous le coup, je me file à moi-même un gnon formidable, en plein dans le pif. Rhââââ c’est aussi choquant que douloureux ! Je tente de reprendre rapidement mes esprits en me remet en position. Mais là je mords mes lèvres et de grosses larmes coulent sur mes joues. Impossible de les arrêter, les sillons se creusent et je ne veux pas bouger. Un instructeur vient voir et m’encourage à rester, il me dit que c’est une réaction liée au stress, que ce n’ai pas grave, que je me défoulerai après. En effet, c’est bientôt la fin de ma carrière momentanée de receveuse de mandale. C’est à mon tour d’en donner.

J’ai encore la gorge nouée et les épaules en feu lorsque je me campe sur mes jambes, solide, à frapper de toute ma force sur ces fichus coussins. Je me fais rabrouer : je ne cogne pas assez fort. Mais sérieusement, je n’y arrive pas, j’y mets mon énergie, mais ce n’est pas suffisant. Une instructrice vient me voir avec le sourire et m’explique comment pendre appui sur une jambe et porter mon poids sur l’autre, pour vraiment y mettre la force du corps et pas seulement celle du bras. Je commence à comprendre, mon côté droit comprend plus vite que mon côté gauche ; ce n’est pas une danse, presque, c’est un mouvement puissant, qui part du talon et se propage jusqu’à la pointe de mon bras. Pour gagner la puissance requise, j’y mets ma colère, et celles de ceux que j’aime. J’y ai mis la colère contre la guerre d’Algérie de mon grand-père adoré, j’y ai mis les colères de ma grand-mère contre ceux qui lui ont fait du mal. Ce fut une ressource inépuisable, j’ai grogné, crié en frappant, j’ai libéré une énergie jusque là inconnue ; j’ai eu l’impression de venger ceux que j’aime par dessus tout. Et puis le corps apprend. Les coups se font plus précis, plus fermes, plus forts. Mais sans la colère je reste faible et ne peux donner la puissance requise. Alors je sors des montagnes de colère et les jette sur le coussin, avec mes trippes. A la fin de cet interminable exercice, il n’y avait pas que mes muscles qui étaient hagards et ahuris.

Pour la fin de l’entraînement, je me suis mise avec une fille. C’est bien marrant de vouloir se mesurer aux garçons, mais c’est simplement épuisant. Nous avons répété les mouvements pour se couvrir la tête et foncer dans le tas. Le corps apprends, révise. Le temps a passé en flèche, tout autant interminable que suspendu aux coups donnés et reçus.

Après l’entraînement, l’instructeur qui m’a vu pleurer revient vers moi nous discutons de cette réaction ; c’est le stress tout simplement, une réaction normale, que l’on apprend à dominer avec l’entraînement. J’ai été grandement soulagée de ne pas me faire hurler dessus. Ce n’est pas quelque chose que je supporte en général, encore moins lorsque je me sens misérable et en train de disjoncter.

Bref, ce fut éprouvant, quelques jours de repos ne seront pas du luxe. Et encore, mon école de massage n’as pas commencé…

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