La rondeur de la sieste

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Je relis dans dans le doux cahot du tramway les douceurs de La première gorgée de bière et autres minuscules plaisirs de Philippe Delerm. Ce sont de petits gâteau tchèques de Noël, sucrés, que l’on mange un à un. Ils éveillent une délicate sensation de l’instant, presque plus forte que dans les récits de Pleine Conscience, qui rendraient la vaisselle un moment d’exception.

La rondeur de la sieste

« Après manger je fais la sieste. » Décision radicale avec déjà du sommeil dans les lèvres. Ce n’est pas un souhait, une vue de l’esprit ou une suggestion coquine ; c’est un appel du corps, des yeux déjà lourds et des idées engourdies. C’est une aspiration à l’horizontale au milieu de la journée. Il y a un plaisir pas tout à fait coupable à s’allonger quand on pourrait s’activer.
Déjeuner englouti à la hâte, il est rorboratif et restera sur l’estomac. Pas le temps pour un dessert, il s’agit de parer au plus pressé : l’appel du lit par la porte entre ouverte. Le soleil se dépose en carré sur les draps tirés, et je n’irai pas me promener. Le plaisir est encore plus prononcé que par pluie ou tempête de neige. Il y a une frivole résistance à s’extraire de l’obligation de sortie par beau temps, à préferer la traversée en mer de paresse dans le navire de mes draps à rayure.
Il y a un plaisir pas tout à fait coupable à se dénuder, à moitié se déshabiller, ne garder que le nécessaire de ses vêtements du jour pour n’avoir ni trop chaud, ni trop froid, se passer de pyjama.Le lit a été fait, les draps sont ronds sur la couette. S’y glisser comme un oreiller supplémentaire, sans briser l’harmonie paisible, sans faire de vague. Couchée en chien de fusil, enlaçant un coussin, tout juste bien. Une sensation de rondeur délassante sur l’oreiller, le corps qui s’affaisse à la surprise si désirée de l’horizontalité. C’est juste assez des bruits de la vie et de la ville pour s’y soustraire, et passer de l’autre côté, se laissant bercer. Je ne dors pas, ou peut être que si, peut-être suis-je en train de rêver que je suis si détendue, si reposée au creux des mes draps. Les yeux fermés, ce moment de sieste est avec et sans sommeil à la fois. Une idée folle me traverse « me voilà reposée, peut-être pourrais-je me lever ». Un mouvement de rêve général résiste, immobile. C’est là que je tombe vraiment endormie. Il n’y a plus de temps ni de son, juste la torpeur comme une vague profonde qui berce les fonds de l’océan. Marat viendra me secouer, cela fait quarante minutes que tu dors, ne veux-tu pas te lever ? Déjà, oui pourquoi pas. Je suis une femme neuve qui fait le chat, la bouche pâteuse, avec une envie d’eau et de chocolat. J’ai bien dormi, avec le  plaisir comme une bulle qui prend corps, j’ai des mots de rondeur au bord des lèvres. Une parfaite plénitude d’un intense instant. Le temps s’est étiré et délié le moment d’une sieste. A présent je peux me lever.

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