Billet d’humeur

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Comment exprimer l’ampleur de ma détresse ?

Oh quel paradoxe ! Ils sont si petits ! Qu’est-ce qu’un gamin peut faire de mal à 4 ou 5 ans ? Qu’est ce qu’un groupe de gamins peut faire de mal ? A 23 dans une salle de classe ? A 60 dans une cour de récréation ?

Comment ce fait-ce que les petits garçons soient élevés, conditionnés pour courir partout tout le temps sans cesse ? Pour ne pas écouter, ne pas être sages, ni attentifs, pour se battre à coup de poing, de griffes, de pieds, de se plaquer au sol et s’étrangler mutuellement ? Pourquoi ces enfants là n’interagissent que par la violence ? Car ce n’est guère l’apanage que des petits garçons. Il y en a, des petites filles, qui griffent au sang, mordent, crachent au visage, et tapent de bon cœur. A la différence des garçons, elles sont très calmes, impassibles lorsque qu’elles s’attaquent à leurs congénères. Je ne sais pas quelle attitude me choque le plus…

Pourquoi à un moment donné ma seule ressource est-elle de hurler ? De faire sortir une voix de baryton et de tenter de leur glacer le sang ? Alors que ma voix, je la voudrais garder pour chanter, être baroque, être lyrique… Pour chanter des comptines, et raconter des histoires, pour accompagner les efforts et les progrès, pour encourager et construire la confiance… Elle est tout autant cassée que moi en fin de journée…

J’ai tellement fait l’ogre aujourd’hui que certains enfants, des plus sensibles, ce sont réfugiés dans mes jupes cet après-midi, lorsque nous avons écouté un Ave Maria de Mozart, puis lorsque nous avons lu l’histoire de Zékéyé qui va à l’école…

Je suis passée sous le rouleau compresseur de leurs colères et cris, de leurs coups, de leur nez qui coule (je ne parviens pas à m’y faire), de la dînette qui a volé à travers la classe et qui est confisquée jusqu’à la fin de la semaine, des livres déchirés dans la bibliothèque, des pots d’encre renversés et dispersés partout dans la classe, de la gomme à gratter tout autant renversée, car ils ne savent pas ne pas se disputer et se battre.

Et se sentir seule face au désastre. Ne pas avoir un instant pour un retour sur soi, pour garder la tête froide, pour tourner sa langue dans la bouche, pour respirer (sauf quand nous respirons tous ensemble, et là c’est presque magique, mais encore faut-il que mes excités parviennent à s’asseoir), pour penser plus que réagir…

Je note tout de même et surtout les bons moments de la journée, ceux où ma grande cracheuse-tapeuse a soudain décidé d’être de nouveau aimable et sage, celui où j’ai pris l’initiative de prendre sur le dos un tout petit bonhomme qui a des ressorts au bout des pieds pour lui éviter de se faire gronder parce qu’il court partout (et m’éviter d’aller le chercher un incalculable nombre de fois au fond de la cour au moment de se mettre en rang). Il m’aurait fallu être Shiva pour tenir dans les bras ou par la main tous les turbulents, tous ceux qui ruent dans les brancards. Des longs bras par dessus le marché pour qu’ils ne se tapent pas dessus… Oserais-je avouer que parfois camisole et duck-tape me semblent être la seule solution pour les faire asseoir et se taire ?
Envers et contre la colère, l’exaspération et la fatigue je veux quitter ce soir l’école apaisée, et avec les bons moments avec les petits loups dans le coeur…

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