A quoi dire oui ?

Par défaut

Voici un long texte qui ne parlera pas d’actualité parisienne… il parle d’une actualité plus intime qui pourtant porte la Tour Eiffel en deuil en toile de fond.

A quoi dire oui ?

Choisissons nos batailles, nos tournois, nos justes causes. Il n’y a rien de glorieux à mourir professeur des écoles, crucifiée au Golgotha[1] par un système incapable de répondre efficacement à des élèves et leur famille en détresse, à leur enseignant.e-pas-formée-pour-appréhender-les-cas-psy trop nombreux dans une pourtant modeste classe.

Ma souffrance est plus grande que la somme des souffrances liées au quotidien avec ces élèves. Cette souffrance est une boule de bowling savamment lancée sur la piste, qui renverse toutes mes quilles. Bing, Bang, Boum. Je suis tout à fait à terre.

Dans un monde où je me sens contrainte de choisir un métier si possible respectable, celui de professeur des écoles me paraissait être une possibilité satisfaisante. Créativité, relations humaines, diversité des sujets et des tâches, goût du partage, liberté pédagogique, du temps pour soi et pour d’hypothétiques enfants. J’ai besoin d’affirmer que : je ne rechigne pas au travail. Au contraire. Sauf quand il m’abrutit et me vide de mon énergie vitale. Sauf lorsque le cauchemar débute lundi à 8h45, ces beaux idéaux ne pèsent plus guère. Quand la veille, et le lendemain, encore et encore, il y a des larmes, quand l’intelligence se met en veille pour ne savoir plus que dire « je ne veux pas y aller », « je ne peux pas », « je ne sais plus », il y a un problème. Un métier ne vaut pas tant de larmes. Ma personne, en ma joie de vivre et santé, vaut mille et mille fois plus que ce quotidien amer.

Il faudrait garder les grandes décisions pour quand ça ira mieux. Après m’être vidée en océan[2] et m’y être noyée, je me sens plus en paix à présent. Pourtant c’est toujours la même logique rationnelle qui voudrait primer : serre les canaux lacrymaux, oublie la créativité et les zygomatiques, tiens bon. Au 5 juillet, ça sera derrière toi. Tu auras accumulé une expérience utile, tu pourras être fière de toi. Voilà la raison qui parle et martèle comme tous autour de moi. Tout à fait aveugée de mon vécu, de mes besoins.

La voix vitale dit fort autre chose, pose des questions qui me démangent. Elle fait écho de paroles précieusement enregistrées par le passé et au présent : tu es une artiste, j’ai quelque chose à dire au monde. Je connais mon message, il est fait d’amour et de joie de vivre. Et mes médiums sont multiples ! Mon expression créative[3] passe aussi bien par les collages et dessins, que les massages, le contact avec les enfants ou la spiritualité.

Aujourd’hui, il me manque de temps créatif. Il a besoin de fenêtres et d’air pur, de bulles de bonheur et de calme, d’espace et de disponibilité. Entre la classe et la fac, comme déplacée, sans ma joyeuse accumulation de matériel-à-possibilités-artistiques, je suis perdue, égarée, amputée d’une expression de mon être.

J’ai encore rencontré quelqu’un qui m’a fort innocemment demandé ce que je faisais dans la vie ; « Plein de choses ! » ai-je joyeusement répondu. Il était fort décontenancé, s’attendait à l’énoncé d’un métier. Et si je m’abstenais d’avoir un métier ? Aujourd’hui j’ai l’impression de ne pas être adaptée aux normes sociétales ; or il y a l’idiote question du pain quotidien et de l’utilité à la société. Je regarde avec envie mes proches retraités qui vaquent la rente en poche à ce qui les fait vibrer. Oh je sais, si tout le monde raisonnait comme ma petite personne, nos rues seraient couvertes d’immondices et nos assiettes vides. Me voilà à présent rendue à me défendre de reproches fantasmés intériorisés.

Peut-on avoir une place d’artiste et vivre décemment dans notre monde ?

Présentement je voudrais juste me réfugier dans un lieu de prière et de méditation, avec un atelier et la nature à la porte, pour exulter ma souffrance, la transformer en calme et en joie et prendre une décision harmonieuse.

[1] Juxtaposer deux éléments qui n’ont pas de sens commun… figure de style chérie du masque et la plume dont le nom m’échappe !

[2] J’aurai préféré fontaine…

[3] Que je préfère à « loisirs créatifs » : il s’agit d’énergie vitale !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s