Baleine sur canapé : un ventre en chêne

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Quand ça fait mal, que la douleur tient, qu’elle est tenace, qu’elle ne lâche pas et rend mon ventre dur comme du bois, et que rien n’y fait pour qu’il redevienne guimauve aquatique, quand je fatigue après cette sourde compagne, une pensée m’envahit : mon corps me trahit. Comme il m’a trahi tout le long de mon adolescence, de mes genoux en vrac à la fameuse spasmophilie. Je me prends à le détester, à me détester, avant de reprendre mes esprits et me souvenir que je n’ai qu’une seule ressource… l’aimer inconditionnellement.

Quand je suis reposée, quand la douleur ne m’aguiche pas au réveil ou au creux de la nuit, quand je me dis que en fait je pourrais bouger, avoir une vie normale, prendre le métro, aller travailler… je me rappelle que ce corps qui parle, si ce n’est pas moi qui l’écoute et lui offre mon attention personne ne le fera à ma place, et l’escalade douloureuse continuera. De toute façon elle me rattrape toujours. Depuis cette randonnée dans les bois avec mes élèves, le 14 septembre, il ne s’est guère passé un seul jour sans qu’elle vienne me visiter, plus ou moins crûment, me forçant néanmoins à rester allongée sur mon beau canapé.

Il y a des jours où ça va, où je prends le temps du repos que j’entrecoupe de petits exploits. Je vis comme cette période comme une chance d’avoir du temps pour moi, de lire tout ce qui me passionne et me fait rêver, période bénie où je peux écouter la radio en brodant ou tricotant tout la journée.

Il y a des jours nettement plus compliqués, où il n’y a que le temps du repos, le simple fait d’être là est déjà un exploit.

Il y a des jours où je force les exploits, et well, où je les paye amèrement.

Ces derniers jours, malgré une adorable visiteuse un peu magicienne sur les bords, malgré les mots d’amours de la bande de trésors-qui-brillent que sont ma famille et mes amis,  le moral me tombe sous les chaussettes. Lors d’un exploit majeur consistant à me rendre à un café à moins de 15 minutes de chez moi, passant par la forêt d’automne et les chevaux, au bord d’un lac et d’un château – le rêve de ma vie suédoise quoi ! – mon corps a failli encore, encore. J’y suis arrivée pliée en deux, essayant tant bien que mal de garder un minimum de dignité en ne pleurant ni ne geignant, n’aspirant qu’à un endroit où je puisse être au moins semi-étendue. La belle a pris commande de notre déjeuner, je l’ai attendue en respirant, en essayant de calmer mon utérus comme mon émotion… Et puis je me suis réouverte au monde, petit à petit dans les 2 heures qui ont suivi. Et bien sûr, comme à chaque fois à Stockholm j’étais entourée de femmes enceintes et de poussettes. Je ne me suis pas trouvée envieuse de leur maternité, mais jalouse, frustrée, mauvaise, de leur grossesse apparemment linéaire, qui permettent de se promener et de marcher et de vivre sa vie en n’ayant pas à se demander si c’est bien raisonnable, si je vais pouvoir le faire/tenir ou m’effondrer avant de retourner au port… Jalouse car la poste me semble être à des lieux de chez moi et que je ne sais pas dans quel état vais-je rentrer. Jalouse, car aller à la piscine est un vœu pieu. Jalouse, car la ceinture même d’une voiture (taxi ou uber) me presse sur le ventre et réveille mon bouclier de bois. Jalouse d’elles car une Amy vient bientôt et je ne pourrai faire avec elle que le quart du dixième de ce à quoi j’aspire… Parce que aller prendre un verre et manger au restaurant me semble être un bout du monde. Parce que tout ce qui se trouve hors de portée de mon canapé est une douleur potentielle.

Quand le moral n’est pas bon ce sont des bêtises qui me tuent : être à court de fil blanc pour la machine à coudre et savoir que c’est une expédition soit à la limite de mes forces (et passer les 12 heures qui suivent à avoir un ventre en chêne…) ou soit que j’envoie mon K qui a bien d’autres chat à fouetter et qui pourrait mettre 3 semaines à faire le détour demandé… Je peux vous faire une liste des emplettes de trois fois rien que je voudrais faire : des toiles pour faire des collages et des peintures quand ça va, de la laine toute douce pour bébé, du fil à broder pour finir un ouvrage… J’ai envie aussi d’aller rêver devant les tenues de chez Gudrun et pourquoi pas m’offrir une paire de chaussettes, j’ai envie d’aller voir mes copines en ville, d’aller acheter du pain et des viennoiseries chez ma boulangère préférée et acheter un bout de barbaque chez Picard parce que j’aime un bout de rumsteck une fois par semaine… J’ai envie de me promener longtemps dans la forêt, d’aller nager, voire aller squatter la baignoire d’une copine… J’ai envie de sentir mon corps en action, dans la nature ou dans la ville.

Je sens mon corps au repos forcé sur son canapé. Je sens mon utérus qui peut devenir chêne à 3 heures du matin, sans raison apparente et qui peut rester tel quel jusqu’au soir suivant. Je sens que faire la vaisselle n’est pas raisonnable et qu’aller jusqu’à la poubelle est une aventure nécessitant plusieurs heures de repos bien mérité forcé.

Il y a des jours où c’est dur, où la baleine aimerait avoir d’autres ailes que celles de son imagination…

Les histoires précédentes de Baleine-sur-canapé sur trouvent par ici ! N’hésitez pas à les lire pour mieux comprendre le contexte de ces non-aventures…

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  1. Tiens bon ma jolie Baleine ! Chante à tue -tête, respire, soupire et fredonne mais surtout n’oublie pas que ce ventre qui te résiste abrite un petit bonheur que tu rencontreras dans juste quelques semaines…….

    • Oui ! Encore 2 jolis mois à attendre Noël et mon baleineau… Ca ira déjà mieux quand j’aurai retrouvé mon cocon et que les ouvriers seront partis.
      Good news c’est que j’ai trouvé deux baignoires de proximité et une acolyte pour aller à la piscine ; je vais pouvoir nourrir ma baleine intérieure !

  2. Pingback: Baleine sur canapé : un bain et ça repart ! | Les carnets d'Olivia

  3. Pingback: Grossesse sur canapé : Drama-drama, Acte 2, scène 1. | Les carnets d'Olivia

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