Grossesse sur canapé : Drama-drama, Acte 2, scène 1.

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Au cœur de la nuit du jeudi 17 novembre au vendredi 18 novembre.

A deux heures neuf du matin, ce qui fait le plus mal, c’est la main que j’ai ébouillantée en voulant remplir une bouillotte, dans l’espoir de calmer les douleurs de mon ventre. Il est tellement dur que le moindre mouvement de bébé est encore plus douloureux. Au moins ma baleinette bouge, au moins ma cervelle pense à autre chose. Mes phalanges rouges-écrevisse et la petite peau toute tendre entre les doigts sont un gouffre de sensations. Je me prends à repenser à l’article de Causette sur ces femmes kurdes qui s’immolent au kérosène dans leur cuisine, et je relativise sacrément dans la vie…

Ayant résolu mes histoires de sécu, je pensais élégamment « roule ma poule » : détente jusqu’à ce que la petite pointe le bout de son nez, je n’ai qu’à lire, coudre et soutenir mon K dans son doctorat. Tout ça je commence à maîtriser après plus de deux mois de canapé !

Et puis bing sur le nez ! Bing sur le besoin de sécurité ! Bing sur les angoisses financières latentes. Bing sur le besoin de reconnaissance professionnelle.
Je vous fais un dessin ou bien vous devinez ?
Je vais prendre un ton un tantinet plus impersonnel, ça aide à raconter la couleuvre obèse que je suis en train d’avaler.
Cela me fait penser au style de mes élèves qui tiennent absolument à narrer  et écrire leurs histoires au passé simple quand ils maîtrisent tout juste le présent ! Si vous saviez comme ils me manquent… je rêve d’eux la nuit ! (Mais ce ne sont pas les cauchemars estivaux de Marcel et Marceau foutant le feu à la classe comme l’année passée… à relire ici ou juste pour l’ambiance.)

Il était une fois une jeune femme pas trop bête qui avait eu quelques hésitations sur sa carrière. Par un heureux hasard, elle commença à travailler dans une école et elle s’y plut. Comme elle n’avait jamais été si épanouie professionnellement elle décida de vraiment donner le meilleur d’elle même. Tout en travaillant comme maîtresse, elle prépara les concours d’enseignant qu’elle réussit. Chapeau bas ! Elle laissa son époux et son chat, et partit pour la banlieue parisienne le temps d’une année scolaire, histoire de faire un master 2, d’écrire un mémoire, de se confronter à « un autre public » (et aussi de passer un temps précieux avec famille et amis chéris si peu vus pendant tant d’années). Elle en bava, elle craqua, se releva, et vaincu ! Par la même occasion, exactement au moment où elle défendait son mémoire de master et passait un entretien d’embauche pour retourner dans le Grand Nord dans son école préférée, elle découvrit pour son plus grand bonheur qu’une petite vie germait en elle. Elle allait avoir un bébé ! Son rêve de maternité se réalisait et tout semblait vraiment s’aligner sous les meilleurs auspices. Merci la vie !

Mais tout ne fut pas si simple. Notre belle amie était fière car elle avait été embauchée en CDI dans son école de rêve. Un CDI en 2016 ? Le pied absolu ! Les six mois de période d’essai avaient été renégociés à la rentrée pour prendre fin quand elle partirait en congé maternité. Elle se sentait en confiance, avec la direction, l’équipe des enseignants et ses bisounours d’élèves. Et puis bing, la suite vous la connaissez : ventre en bois de chêne, grossesse sur canapé, bataille avec la sécu.

Et cela ne s’arrête pas là. un nouvel épisode se met en branle, à deux heures trente huit du matin ce vendredi 18 novembre je ne sais pas si les jeux sont faits ou si j’ai encore des cartes à abattre. Période d’essai, vous avez bien lu. PERIODE D’ESSAI. Malgré deux années à faire des remplacements au pied levé, à apprendre avec pugnacité, malgré un diplôme passé rien que pour le job, malgré la confiance et la reconnaissance de l’équipe des enseignants, le conseil d’administration lui, dit PERIODE D’ESSAI. Pas un, pas deux, pas trois mais bien six mois. Et j’ai travaillé 3,5 semaines. Je n’ai ni eu le temps de commettre d’impair, ni eu le temps de démontrer mes talents. Certes les enfants étaient heureux de venir à l’école, et les parents heureux de voir leurs enfants heureux. Mais ça, un conseil d’administration ne le voit pas. Certes je me suis démenée et ai travaillé d’arrache-pied pour proposer les contenus pédagogiques les plus pertinents et intéressants, avec des exercices adaptés aux divers profils de mes élèves (des petits loupiots à roulettes aux petits loulous qui rament et manquent de confiance), j’ai travaillé en équipe avec mes collègues, j’y ai passé mes soirées, mes week-ends. Pas vraiment aux 35 heures la maîtresse… Mais ça, un conseil d’administration ne le voit pas.

Ce que le conseil d’administration a vu, c’est que j’ai été absente. Et que je le serai encore un bail. « Malade », puis en congé maternité. Et ça, le conseil d’administration il n’aime pas. Peu lui chaut qu’avoir un travail assuré quand on s’embarque la la grande aventure de la parentalité, c’est quand même une sacré sécurité. Peu lui chaut que je n’ai définitivement pas choisi de plein gré, par plaisir et fainéantise de passer ma grossesse sur mon canapé au lieu de travailler jusqu’à Noël comme je le souhaitais. Peu lui chaut que j’ai l’impression d’avoir tout donné, et d’être laissée tombée en retour. De ce que je savais de la culture suédoise, c’est qu’au sein d’une entreprise on protège les femmes enceintes, parce qu’ici, la maternité c’est sacré. De ce que je vis, c’est que les règles du jeu ne sont pas les mêmes dans une école française.

A la fin de ma période d’essai je serai sans emploi. En début de mon congé maternité, je n’aurai plus d’emploi. Il va falloir voir avec la sécu : aurais-je le droit à un pourcentage de mon salaire ou bien au minimum social ? Pour combien de temps ? Ici, pas de crèche avant les 12 ou 14 mois de l’enfant. Vais-je être contrainte de chercher du travail ou bien pourrais-je materner ma petite (comme j’ai vu toute mes amies de Suède faire et que je voudrais vraiment très beaucoup faire moi aussi) ? Est-ce que le K sera contraint de faire une longue pause dans ses études ou mes parents de venir pour que je travaille à nouveau ?

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