Archives de Catégorie: Burkina Faso

Vernissage à venir

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J’ai lancé l’impression de quelques portraits du Burkina. Ceux qui détaillent les visages des vieillards, qui sillonnent les rides des dames sans âge. Elles disent qu’elles ont au moins 110 ans, non, 120 ans. Elles ont vécu si longtemps.

La mort prématurée de mon mac me laisse sans retouche, pas moyen de tirer les contrastes par ici et les ombres par là. Pas de photoshopage pour sublimer mon photographiage. L’instant où je retirerai mes clichés sera décisif. Seront-ils bons à montrer à mes collègues chercheurs ?

Les cours d’Arts Plastiques me reviennent et je ne saurais me contenter de coller mes clichés sur un fond noir. J’ai envie de matière de volume, d’installation. J’ai du papier kraft, j’ai envie de le dérouler et d’agrafer, comme une suite sans fin de portraits, ces quelques uns qui auraient pu être cent. Le contraste avec un cadre en bois sombre, une vitre en verre (je n’en ai pas les moyens) me paraît inutile. Je voudrais plonger celui qui se reflète dans leurs yeux dans un univers un peu rude, un peu simple sans apparât, mais des clichés sans clichés, pas de reconstitution. Juste des « reminders », la mémoire socio-écologique de ces écosystèmes. Ces portraits sont ceux de notre échange, de la transmission de la mémoire, les arbres qui les ponctuent sont les mémoires muettes, vestiges d’une forêt révolue ou espoir de renouveau végétal.

Ciao Ouaga ! Viva Roma !

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Sans mon ordinateur, les mots ne s’ecoulent pas de la meme maniere, de l’aisance du clavier pour faire rire la galerie, le stylo donne un tour plus intime, le journal de bord s’est transforme en foutoir a complaintes, ou en nombrilisme psychanalysant. Il est des etapes psycho-il-logiques qu’on passe sans en avoir choisi le lieux et le temps. C’est toujours et jamais le bon moment, sans pour autant qu’on puisse mesurer les changements.  Mes tortillages neurologiques ne sont donc pas d’un interet ahurissant… Je prefere egrainer des photos, des portraits, des histoires de rencontres qui se regardent plus que ne se lisent… Si tente que j’arrive a les publier…

 

Me voila a Rome, et je redecouvre le soleil comme un ami qui rechauffe la peau et fait sourire, je redecouvre la ville comme un ocean de possibles, de musees, de photos, de resto et de bon verres. La rencontre avec les amis de K et les retrouvailles avec le vin rouge rendent la vie simple et belle. Il ne me faut pas plus de 3 verres pour glisser sur la surface des choses, etre pleinement dans l’instant et la joyeuse compagnie. La douce ivresse m’etait etrangere et je la reapprivoise… Apres des grasses matinees trop longues pour etre tout a fait raisonnables, je sors le bout de mon nez et pars la rencontre des oeuvres de jeunesse et de maturite de Mondrian, des collections eblouissantes du Musee du Vatican. Les toiles de Raphael et de Michel-Ange sont effarantes de grandeur. Quelle emotion quand cela fait des annees que je les croise dans les livres, que je les regarde et les lis, avant de tomber nez a nez devant et le rester beate d’admiration ? La rencontre avec un sympathique photographe ami du K me donne des ailes numeriques et m’inspire, je suis d’humeur touche a tout (mais surtout pas a mon travail), la lumiere d’hiver est enivrante et le Baroque m’eleve, j’ai envie de tout ecrire, de tout saisir, de tout capturer, tout en me laissant porter sans me donner la peine de bouger le petit doigt… Et c’est aussi tres bien comme ca !

A suivre !

 

Brousse et Bavardages : le chrétien aux 7 épouses

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jeudi 20 octobre 2011

J’ai l’impression de me répéter, de radoter, d’être un vieux perroquet, mais en ce moment il fait plus chaud chaque jour, et ce n’est pas qu’une impression, même les locaux le disent et le répètent. Plus personne n’espère de dernière pluie. Il faut juste que la saison refroidisse. Tout comme l’automne européen, les feuilles de certains arbres commencent à jaunir, bientôt elles tomberont toutes et il fera plus froid, ou moins chaud c’est au choix. Mais c’en est fini de la pluie jusqu’en mai ou juin prochain.

C’est donc sous un caniar peu croyable que j’ai marché aujourd’hui, pendant plusieurs heures, de concession en concession. Le premier ménage nous attendait, le second nettement moins : le mari qui était sensé être parti à Kaya pour la journée… il y a trois jours, et n’a toujours pas donné signe de vie.  Son épouse était partie vendre des beignets de haricot. Puisque je ne sais pas quand est-ce que je retournerai sur la commune de Lebda, je voulais vraiment compléter mon cota de ménages. Je me suis donc adressée à leurs voisins les plus proches, les doyens très doyennant d’une concession. Bon, ils étaient tellement doyennants, usés et fatigués que j’ai changé mon fusil d’épaule pour donner une approche historique a cette évaluation des modes de vie. Sauf que le vieux ne s’est pas prêté au jeu pour deux sous et a fait l’acariâtre, pénible et radotant : il me demandait toutes les 5 minutes de l’aide, de l’argent, de la nourriture tout en disant que sans l’intervention des blancs, rien ne pouvait se faire ici. Je fais parti des gens qui sont persuadés du contraire. J’ai bien essayé de lui expliquer que c’est en écoutant ses histoires et en les écrivant que des développeurs pourraient les lire et venir « faire quelque chose »[1] – sans oser que pour cela il lui faudrait arrêter de râler et mettre sa mémoire un peu en marche. M’est avis que le vieux doit être passablement chiant au quotidien puisque les gens de la cour m’ont proposé de le prendre avec moi en Europe comme ça il aurait assez à manger ! J’ai accepté de prendre le vieux mais finalement il n’a pas semble super enthousiaste pour venir avec moi… de toute façon je n’ai pas franchement la place dans mes bagages. Nous avons dû marcher 45 belles minutes sous le soleil de midi pour regagner le centre du village. En passant j’ai pris des photos des récoltes du sorgho. Le monsieur auquel je me suis adressée s’appelle Souleymane (nom musulman) et est bon catholique et… heureux propriétaire de 7 épouses et d’une quarantaine d’enfants ! Nous rigolons en disant qu’il a une épouse par jour : madame lundi, madame mardi et ainsi de suite… Au moins ca fait de la main d’œuvre dans les champs! En passant, je peux vous raconter que chaque épouse portait dûment sont gros crucifix en bois autour du cou et des pagnes à caractère religieux autour de la taille[2].

En début d’apres-midi nous avons réuni toutes les épouses de tous les ménages que nous avons visité ces trois derniers jours pour parler de migration, d’agriculture, de la vie de leur mère, de petit commerce… Cela s’est bien passé, elles participaient bien même si elles roulaient de gros yeux a mes questions qui leur paraissent niaises. En cette période de récolte où tous les enfants ont la crève, j’ai vraiment l’impression d’être la blanche qui pose des questions chiantes et qui prend du temps !

 En rentrant par la boutique, H2 ont appris que Kadhafi a été tué par les rebelles, et H s’est emporté contre la stupidité d’une telle action. En fait, tous les gens ici sont furieux de son assassinat. Non pas qu’ils le soutiennent, mais ils ne sont pas d’accord avec les moyens. Ils blâment les Français et nous tiennent responsables pour créer du chao en Afrique, que ce n’est pas comme ca que l’on amène la démocratie dans un pays. J’essaye d’expliquer que dans notre imaginaire collectif on a besoin de couper la tête du Roi pour acquérir le pouvoir mais ils ne sont pas d’accord. Pour que justice se fasse, il faut un tribunal, un procès et un jugement. Sauf que le procès aurait fait tomber d’autres têtes que celles du colonel. La démocratie semble mal partie en Lybie et les français ont ruiné leur image de marque en Afrique de l’Ouest !

Ce soir je suis vraiment fatiguée de l’excès de soleil et de chaleur et ai juste envie de calme et de paix. Je n’ai pas faim mais me réhydrate consciencieusement, c’est hallucinant le nombre de bidons d’eau que l’on boit par jour ! les autres partent manger du riz-sauce pour 500 FCFA pendant que je reste en tranquille… Toutes lumières éteintes, même l’écran d’ordinateur attire les (connards d’) insectes, je me replie donc sous ma moustiquaire et ne veillerai pas bien longtemps…


[1] Formule magique qui, au Niger comme au Burkina, signifie “ramène les pépettes ma vieille (et plus vite que ça) !”

[2] Les missionnaires catholiques missionnent beaucoup par ici : tous les cathos portent leur croix voire on des pagnes et des tuniques avec des imprimés à la gloire de l’Ascension de la Vierge ou autre fête

Brousse et Bavardages : le bonheur d’être Chez Tess

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samedi 22 et dimanche 23 octobre 2011

il y a des jours ou tu te rends compte que tu t’es trompée sur la personne que tu es, alors même que cela ne t’étonnes pas vraiment… Pour le contexte, je me suis encore reveillee a 5h45, comme tous les matins – pourquoi le concept de grasse matinée du week-end n’existe-t-il pas ici hein ? avec les poules, les coqs et le mouton. Je fais mes bagages en écoutant de la chanson francaise (mon mac est un survivor !!!!), le retour aa Ouaga me rend légère… Et quand je sors dans la cour vers 6h30,je vois le désastre, il y a une dizaine de poules qui caquètent en cœur, et des coqs qui paradent. Il y a le bélier de Han qui bèle bêtement en tirant sa corde et en tournant en rond. Le niveau sonore n’était pas si élevé dans ma chambre car une fois les poules n’étaient pas refugiées sous ma fenêtre, mais dans la cour, je prends pleinement conscience que en fait je suis sensible au bruit – ça vous étonne ? Bon, une prise de conscience suit l’autre, il faut que je vous raconte une histoire. Quand je commence à douter sur ma carrière professionnelle, je me dis que finalement K et moi allons nous réfugierà la campagne avec des légumes en autosuffisance en mode permaculture et quelques animaux de ferme pour le charme. Bon, les animaux de ferme ne sont vraiment pas ma tasse de thé, ou alors à l’autre bout du jardin, avec une distance de sécurité de quelques dizaines de mètres… donc bon, la vie des paysans Sahéliens travaillant pour une hypothétique autosuffisance alimentaire et leur volaille couillonne et leur béliers crétins me rappellent à mes rêves, et les transforment en cauchemar. Je suis definitvement une fille de la ville – une ville propre et un peu développée s’il vous plîit, et la campagne c’est très bien qaund c’est dans ma Bretagne familiale et pour les vacances. Je serai lka bobo que je suis achètera ses légumes au marché bio et ca sera très bien comme ca ! La campagne, c’est bien mais de loin !

Bref, nous reprenons la route de Ouaga avec une ménagerie caquetante et bèlante et qui pue dans le coffre. Une poule à la mauvaise idée de crever dans le coffre, j’en suis très triste pour son propriétaire ! Qu’est-ce qu’il fait bon de rentrer Chez Tess ! Elle nous accueille avec chaleur, et on s’y sent chez nous, après avoir déjeuner, elle nous envoie faire la sieste 🙂 et a prevu un groupe qui visite sa galerie d’Art Africain à 16h comme ça on à le temps de dormir ! Son attention est très touchante et aide à se ressourcer, c’est tellement bon d’être ici ! Par contre mon Mac survivor refuse de recharger sa batterie et même de recevoir le courant quand il est brnaché, il s’étaiend donc tout doucement quand sa batterie est vide, malgré mes suppliques pour qu’il se rallume… Tant pis, j’ai mille pages de Jane Austen qui m’attendent, elles aux moins ne me laisseront pas tomber. Je plonge donc dans le délice de la lecture, vautrée sur mon lit, la clim allumée, ou le soir tombé, dehors avec un peu de fraicheur, je ne me plains de rien, je suis très bien avec Jane !

Brousse et Bavaradage : de l’hostilité de la faune

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Mercredi 19 octobre 2011

Les garçons ont eu beau égorger trois coqs pour le diner hier soir, il y a toujours un connard qui se trouve littéralement a 1,5 mètres de moi, juste sous ma fenêtre, pour venir me polluer en décibels a 5h30 du matin. C’est très dur de poser sur le monde un regard de compassion et de bonté aimante dès le réveil quand on vient vous titiller, vous exaspérer que dis-je, dès les premières lueurs de l’aube. Il fait si chaud ou je ne sais quoi que ce dernier temps il y a plus de yoga ou de méditation dans ma routine matinale, c’est dommage car cela me mettait dans une bonne condition pour aborder la journée. Maintenant je prolonge mes minutes de sommeil entre chaque chant du (connard) de coq aussi tard que possible.

Nous lâchons un de nos assistants au bus pour qu’il file vers Ouahigouya au plus vite : les récoltes commencent et il lui faut rentrer en contact avec un certain nombre de ménages au plus vite pour leur proposer un exercice qui mesure leur revenus à la récolte, puis dans 4 mois et encore 4 mois.

Le reste de la troupe par à Lebda. Les valeureux H2 repartent à travers champs pour mesurer les épis de sorgho prêts à être récoltés. Quant à moi je continue d’aller de ménage en ménage avec mes questions, mes cartes avec photo et mes billes dorées. Je suis contente de retrouver le « Baloum Naaba », bras droit du chef, qui est un moniseur très gentil. Je prends sa plus jeune fille de peu être un an sur mes genoux quelques minutes. Miracle, elle ne hurle pas en étant dans les bras d’une blanche – vous verriez le visage horrifié et les hurlements terrifiés  de petits bouts de chou n’ayant jamais vu de blanc auparavant que vous auriez presque envie de vous excuser pour votre couleur de peau ! Par contre je ne garde pas la petite trop longtemps sur les genoux, elle est vêtue d’une une simple petite culotte et pas de couche et je crains qu’elle ne s’oublie sur moi… Je suis très contente de voir mon premier arbre à calebasse, je ne parvenais pas à imaginer qu’un fruit aussi gros et à la coque aussi dure puisse tomber des arbres !

Finalement nos cinq ménages ne nous prennent pas trop de temps car les distances à parcourir sont moindres par rapport à celles d’hier. Avec les assistants nous attendons H2 qui font encore du vélo à travers champs , comme je me suis installé à la place d’Elin sur le siège passager à l’avant de la voiture j’ai été désignée volontaire chef de mission remplaçante. On ne peut pas s’asseoir à la place du chef sans en prendre les responsabilités. Ces derniers jours je n’étais pas d’humeur à gérer le bureau des plaintes et des suppliques, mais être au calme, à l’ombre, en attendant les vélocipèdes, j’aime prendre le temps d’écouter les assistants et chercher des solutions avec eux aux problèmes de terrain qu’ils rencontrent. Je décide d’arrêter de me faire du souci pour tout le fric qu’on lâche en permanence : les salaires de cinq personnes, plus deux loyers, plus la voiture qui coûte une paire de rein, plus l’essence plus la bouffe, plus, plus, plus… Le projet payera ce qu’il est nécessaire pour que la recherche se fasse, et cela nécessite un minimum de flexibilité puisque la sacro-sainte règle que « rien ne se passe jamais comme prévu » ne connaît pas d’exception.

Encore une fois nous dinons sur la natte à l’extérieur dans l’obscurité : voilà quelques jours que les insectes nous envahissent, qu’il y a des criquets partout, de trucs qui sautent, qui rampent, qui grimpent… pas de quoi apporter la sérénité. D’autant plus qu’ils veulent tous absolument rentrer dans la maison, si possible sous nos moustiquaires. J’ai du récemment renoncer à prendre une douche car le nombre de criquet dans la salle de bain excédait largement mon seuil de tolérance d’insecte par décimètre cube. Entre les insectes le soir et les coqs le matin, la faune du Burkina Faso m’est particulièrement hostile ces jours-ci !

Brousse et Bavardages : mon ordinateur est un suvivor

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vendredi 21 octobre 2011

 

Pensées néfastes, sortez de ma tête ! Nous finissons le travail du coté de Kaya aujourd’hui. Partons demain à Ouaga pour le week-end… et moi je rentrerai bien (encore !)  à la maison. Sauf que de l’autre côté, à Ouahigouya, tout ou presque reste a faire et en plus c’est le paysage sur lequel nous voulons nous concentrer le plus possible. Donc pfuiiii, tu as l’impression d’avoir fini, avec même une petite satisfaction de travail bien fait et pour une fois le (presque) plaisir de faire ses bagages. Et non, tu n’es qu’à la moitié, tu va encore assommer de questions une grosse trentaine de ménages, faire des chronologies avec les notables, réunir les femmes pour parler, les migrants, ceux qui n’ont pas encore migré, et, malgré l’expérience du vieux doyennant d’hier, j’ai bien envie de trouver un vieux bavard dans chaque village pour collecter l’histoire de sa vie…

Au moment même où je finissais d’écrire ces lignes, je me suis rendue compte que ma gourde remplie d’eau à ras bord se trouvait juste à porté de mon ordinateur. Ni une ni deux, voulant sauver mon ordinateur d’un désastre imminent, je tends la main et… renverse la gourde sur mon clavier ! Je débranche immédiatement l’engin, le vide de son eau, le met à sècher sous le ventilo et prie très fort fort fort pour que Saint Steeve Jobs épargne mon Mac à moi. Miracle, l’ordinateur redémarre comme si de rien n’était quand nous rentrons le soir à la maison. Alleluia ! Allah est Grand et Sa femme est Cool !

Entre temps je suis retournée à Zarin Mossi, ai bavardé avec un groupe de femmes, puis attendu quelques migrants qui n’avaient pas bien reçu l’information que nous les attendions… j’ai même eu le temps de lire un article scientifique en entier, ce qui n’était pas arrivé depuis belle lurette ! Nous sommes repartis le soir avec pas moins de 4 poules et un bélier dans le coffre… Nous cour n’est plus qu’une basse cour couverte de chiures de poules,de fourrage, de crottes de tout et n’importe quoi…