Archives de Catégorie: USA

Arizona : être indigène

Par défaut
Arizona : être indigène

De la résilience bio-culturelle… je vous passe le jargon. Je me pose la question, ça veut dire quoi indigène dans leur bouche ? Dans la présentation, les indigènes sont les Massaï, les peuples d’Amazone, des Andes, d’Indonésie ou ailleurs. Sont-ils caractérisés par leurs costumes traditionnels et leur non-monothéisme ? Cela veut-il dire qu’ils se définissent par le fait qu’ils se sont fait retranchés, dominés, colonisés pour être réduit à des minorités presque disparues (ou intégrés) ? Ils semblent figés dans un schéma construit de leur déprivation et d’un regard qui me semble un peu mièvre. Au terme d’indigène, que je rapproche à celui d’autochtone, je préfère celui de population locale, plus neutre, ne rangeant personne dans une petit boite, ce sont simplement les gens, les peuples qui sont là. Ils ont leur géographie, leur histoire, leur religion, leur culture, des évolutions, des possibilités, des choix et un futur. Quelques soient les ethnies avec lesquelles je travaille, je respecte leur savoir local et traditionnel, mais sans les réduire à un passéisme romantique, je suis d’ailleurs là pour comprendre les évolutions et les forces qui poussent les changements. Je pense que le choix du vocabulaire est une première étape au traitement d’un sujet…

Arizona : les lumières de la ville

Par défaut
Arizona : les lumières de la ville

15 mars

Ce soir, je marche, je m’aère.

La conférence est passionnante, les rencontres sont riches, mais j’ai besoin d’espace, de recul, de solitude contemplative. Mon corps le dit pour moi, je me sens malade. Rien de grave, juste assez pour avoir mauvaise mine et m’éclipser. Sommeil réparateur, lecture, je me substante, puis j’entame une longue marche vers le soleil couchant. Entre le canal et les plantes du désert, entre les ponts et les routes, je marche au rythme de ma respiration, je m’imprègne de l’environnement. Les avions sont incessants, les voitures aussi, quelques coureurs, des cyclistes, des avironneurs. Tout semble toujours être en mouvement, peut-être coordonné, j’y vois une machine infernale qui s’emballe et ne sait plus s’arrêter. Suis-je la seule à goûter la lenteur ? Le soleil du désert offre un spectacle remarquable, je ne ferai demi-tour que quand le ciel aura achevé son ballet de couleurs, je le regarderai, m’en imprégnerai jusqu’à la fin. Au moment où je crois que tout est fini, que je m’assieds au ras de l’eau, un dernier rayon rouge semble percer sous un pont. Mon regard se détourne pour suivre les reflets des avions sur la surface, comme des poissons venus des profondeurs, malades d’oxygène, ils oscillent incertains. Puis surprise, c’est une lumière verte qui perce sous le pont. Quoi ? Le rayon vert du Pacifique au beau milieu de l’Arizona ? Mon esprit se trouble, je m’avoue démunie… Puis c’est le noir, puis rouge encore. Ce n’est pas le soleil qui cabriole, mais la ville qui se pare de lumières, comme si elle ne voulait pas être ignorée. Comment pourrait-on se détacher de son omniprésence physique, sonore, visuelle ? Elle capture tous les sens1, ne laisse pas de répit ; le refuge se trouve dans les petites choses, dans l’observation et la contemplation d’un cactus ou d’un aloé, et enfin le bruit s’estompe…

 

1Je vous passe les odeurs du trafic routier et de friture. Même en marchant le long de l’eau il faut se concentrer pour la sentir…

Attachement

Par défaut
Attachement

Le 12 mars

Le premier jour de la conférence est le grand jour, c’est notre jour, mon super-superviseur (alias SSP) présente nos données (et celles des copains). J’ai bouclé les visuels la veille de mon départ, difficile de terminer quand on a jamais fini.

Voilà donc mes résultats sur grand écran, mais ce n’est pas moi sur l’estrade. Soudain, je me sens impuissante, il n’y a rien que je puisse faire pour les défendre. SSP parle, il parle comme il parle toujours, en prenant le temps de réfléchir à chaque phrase avec un millier d’idées qui se bousculent et qu’il lui faut trier avant de les formuler. Je n’entends presque plus ses mots, je contemple mon bébé ; ce sont plus que les jours de travail, les semaines de réflexion que je vois, mais un bout de mon cerveau projeté sur un fond blanc, les semaines de travail de terrain, les mots des paysans auxquels j’essaye de donner du sens. Je voudrai pouvoir défendre l’histoire qui m’a été transmise , tellement étudiée qu’elle en est presque déformée. Et puis les mots reviennent, j’écoute mais je voudrai grimper sur l’estrade et m’emparer du micro. Submergée par une émotion qui n’a pas lieu d’être pendant cette célébration des cerveaux, je perds les pédales immobile sur ma chaise. Lire la suite

Vie sociale en Arizona

Par défaut
Vie sociale en Arizona

Le 11 mars 2011

C’est impressionnant la vie sociale qu’on peut avoir à l’autre bout du monde. Un même objectif, une conférence rassemble une foule de gens qui ont de quoi partager. Rien qu’à l’hôtel, entre les gens de mon centre de recherche et les amis des collègues, il y a foule. A l’étranger (et au soleil) les suédois se montrent nettement plus aimables et ouverts que lorsqu’ils sont accablés par les froidures de l’hiver. Que ce soit au *bucks coin ou dans le lobby, où j’essaye de travailler calée et cachée dans un canapé plus grand que moi, tous ceux qui disent à peine bonjour au quotidien s’arrêtent pour un bout de causette. Et toi quels sont tes plans pour l’après-midi ? Le jardin botanique ? Et si on y allait ensemble? Vers quelle heure ? Et, indépendamment de ma volonté, je me retrouve à organiser les sorties de l’après-midi, en y incluant un détour par l’université pour s’enregistrer à la conférence, un passage par le magasin bio pourqu’Une-telle achète de quoi petit déjeuner (elle n’a pas tort, *bucks tous les matins crèvent le portefeuille et vous reste sur les hanches), Untel qui veut passer par le Mall… Tout le monde doit travailler, tous sont en retard sur la préparation de leur présentation, mais tous veulent aussi goûter de l’Arizona. Je les comprends fort bien, je suis prise dans le même dilemme; mais être assise dans le lobby d’un hôtel et petit déjeuner chez *bucks sont déjà des chocs et des expériences culturelles en soit, il y a tant à regarder, à s’émerveiller ! Lire la suite