Archives de Catégorie: Laissez-moi vous conter ma science…

Je préfèrerais encore écrire des sonnets

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Et il y a des après-midis où il fait déjà nuit noire, et où l’on se demande ce que l’on fait de sa vie. En train de lire et relire les commentaires de commentaires sur un maigre article de débutante. La dite auteure principale en vient même à douter de la validité de son récit.

Est-ce cela mon apprentissage pour encore 3 ans ? Apprendre la patience et l’humilité. L’art de l’article scientifique est aride. Style oh combien impuissant à réveiller son lecteur et à allumer une lumière d’intérêt entre ses deux neurones ? C’est le cauchemar de la gribouilleuse. Je préfère encore écrire des sornettes et des sonnets. Je vais me faire fabliote.

Brousse et Bavardages : salamalecs et génuflexions

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Jeudi 6 octobre 2011

Voyage le matin à Kaya. Parce que la voiture était archi blindée la veille, nous avions voulu nous alléger pour ce voyage, en demandant à nos interprètes d’arriver un peu plus tard pour le week-end. En vain, ils ont voulu faire du zèle et venir aux présentations. Heureusement cette fois nous avions deux voitures, car  un chercheur de l’ INERA nous accompagnait pour mieux nous introduire aux autorités locales. Nous avons donc salué le service de l’environnement, puis de l’élevage, nous avons rendu visite à messieurs les gendarmes qui nous ont assuré une sécurité absolue. Nous étions guides dans nos démarches par un monsieur d’Assembus, association d’amitié burkinabè-suédoise. Ce gentil monsieur n’avait jamais mis les pieds en Suède mais nous ouvert bien des portes !

Nous avons quelques difficultés pour déjeuner, mais pour une fois n’étions pas pressés : ici, quand on va dans un maquis, on commande d’abord les boissons à une première personne qui oublie toujours d’apporter quelque chose, puis on commande la nourriture a la représentante de la cuisine. Puis pareil la serveuse ne vient jamais avec un calepin mais ne retient jamais tout correctement non plus. Donc, comme d’habitude, après nous avoir promis-jure-craché que la nourriture était prête et arriverai dans 5 minutes, 45 minutes après nous attendions toujours. Et lorsque la bouffe est enfin arrivée, i manquait la moitie des plats et nous avons eu quelques surprises : en commandant des petits pois ou des haricots verts, nous attendions ces légumes, et peut être une sauce aux oignons ou au piments… pas des morceaux de viande ! Les Burkinabès m’ont l’air plus carnivores que les Nigériens, et ils ne peuvent s’empêcher de mettre de la barbaque dans tous les plats, même les plus anodins. Même en demandant, en avance, l’expérience prouve qu’on est jamais bien sur de ce qui va nous arriver sous a dent !

Nous avons poursuivit notre tour d’amabilités au village de Lebda. Je m’attendais un jour à rencontrer un chef traditionnel vraiment traditionnel, avec tous les salamalecs et génuflexions, et je fus surprise le jour ou cela m’est arrivé ! Dès l’arrivée aux abords du village, nous avons été accueillis par un panneau qui indiquait – je transcris suivant des souvenirs imprécis et romancés – « maison du très vénérable chef du village de Lebda ». Nous sommes rentrés dans une cour nickel chrome, propre comme on n’a pas souvent, une voiture de garée, snif snof, snouf, ça sent le riche ici ! Le chef nous attendait dans son fauteuil presque royal, les gens qui arrivent a lui mettent genoux à terre, coudes à terre, poings à terre, baissent la tête et le regard, mais pouces levés. Je n’ai jamais vu saluer comme ça de ma vie. Sa « cour » comme il le dit lui même, est assise par terre à ses pieds. Il nous reçoit avec des grands mots et des grands gestes. Cet homme est loin d’être le dernier des idiots, il est chirurgien de profession et opère à Ouaga. De ce qu’il nous dit, il est proche du pouvoir, bon copain avec Blaise, ce qui lui permet de doter son petit villages d’infrastructures exceptionnelles : centre médical et maternité, lycée, centre d’alphabétisation, et j’en oublie surement. Il a un air et une attitude de patriarche, paternaliste, c’en est presque amusant. Il nous offre de rencontrer la population dimanche matin pour leur présenter notre travail de recherche. Dans la salle, il y a un vieux à moitié aveugle qui arrive, touche terre et nous voit, il est surpris. Quand il entend la teneur de notre visite, il demande très très humblement, mais avec grande motivation, si les projets qui viennent jusqu’à Lebda viennent jusqu’à son village non loin. Je suppose que M. le Chef de Lebda accapare toute l’aide au développement du district !

Elin et les collègues repartent à Ouaga, avec H2, l’assistant M et notre chauffeur, nous restons en petit comité dans la maison vide de Kaya. Nous dinons dans un maquis local, je tente le riz “sauce feuille” (de baobab) et trouve surtout que ca crises sous la dent. Les africains aiment les gouts amers, et ce n’est pas trop mon cas.

Brousse et bavardages : brousse boulot dodo

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Mardi 4 octobre 2011

Pfuiiii, ce soir je suis tellement fatiguée que je n’ai pas le courage de regarder mon clavier et de raconter mes histoires… Lever 6h, boulot le matin, départ en brousse, 5 entretiens dans 5 ménages en 5 heures, de 10h a 17h, non stop. Le quartier où non nous trouvions était en peu en retrait et inaccessible avec le véhicule à cause d’un bas fond qui remonte, nous avons donc un peu marché et je dois dire que c’était bien de se promener un peu entre les champs, d’apprécier le paysage. Le problème c’est que le sous-village était éparpillé et nous avons pas mal cavalé entre les quartiers pour rencontrer untel ou untelle. Nous avions prévenu de notre arrivée mais visiblement le message n’était pas vraiment passé. Nous n’avions pas de familles « ni trop riche ni trop pauvre ni trop vieux » qui nous attendait… Nous avons donc parlé avec la femme qui nous avait guidé. La politesse voulait que nous fassions un entretien avec elle et sa coépouse. Seulement, leur mari est dans le commerce de l’or, avec une belle voiture, et un panneau solaire à la maison. Mais la politesse voulait que… Et c’était une bonne chose, car elle nous a servi de guide tout le long de la journée, s’est montré super serviable et souriante. Nous n’avons pas pu échapper aux entretiens avec les vieux un peu notables, un peu importants… mais ce n’était pas de temps perdu non plus, j’ai découvert les activités artisanales de poterie et de forgeron, j’ai vu des poussins et des canetons du jour. Bref, ca a été intense, dur, satisfaisant au bout du compte. Quand nous sommes rentrés de notre sous-village, Elin était en train de finir son atelier, et c’est avec délice que je me suis affalée dans la voiture, goulument réhydratée, en découvrant avec plaisir que notre chauffeur, M. Amadou écoutait du reggae et cette musique d’ambiance était juste parfaite. Les enfants toujours curieux me regardaient bizarrement pendant que je mangeais du pain suédois Wasa… En rentrant à la maison, je n’étais plus bonne à rien, juste à regarder les étoiles avec Elin et H dans la cour…

Brousse et Bavardages : Correlations

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Lundi 3 septembre 2011

Ca y est, c’est clair : il y a  une corrélation complexe entre la température extérieure et mon moral et ma santé puisque quand je déprime parce qu’il fait chaud je suis malade et vice-et-versa mais que quand je travaille en me m’arrêtant surtout pas ca va beaucoup mieux.

Donc ce matin, a part au moment ou je faisais yoga puis méditation, je ne me sentais vraiment pas bien et avais le moral dans les chaussettes. Vertiges, nausée, je me suis réveillée en ayant aussi chaud que lorsque je me suis endormie, et ce n’était pas du tout agréable.

J’ai passe la matinée avec Elin à Boursouma ; elle lançait son jeu pour la première fois et j’en faisais le reportage photo, le coup de main et l’observation. Je n’ai pas été active ce matin, et me sentais mourante. Pourtant le jeu se déroulait plutôt bien, comme c’était le rodage c’était un peu lent. Nous avions demande aux couples de venir ensemble, mais ici, comme ils disent, les couples ne se retrouve que le soir dans le lit. Sinon, le reste de la journée ils ne sont jamais ensemble et ne se parlent même pas. Nous avions donc les femmes et des bébés d’un coté de la salle, et les hommes de l’autres, impossible de savoir qui allait avec qui. Même quand les ménages ont été divisés en deux groupes, et que nous avons demandé aux épouses de rejoindre le groupe de leur mari, elle ne sont pas allé vers leur mari, mais sont restées dans leur coin. Pour la participation mixe au jeu c’était raté : il n’y a que les hommes qui étaient autour de la table de jeu a participer, négocier, jouer et leur femmes restaient à bavarder dans leur coin… Bon, c’était intéressant, mais long et un peu laborieux. La chaleur se faisait de plus en plus dense dans la salle de classe, les chauves-souris au plafond commençaient même à s’agiter. Une m’est tombée dans la main quand je parlais avec un monsieur, c’est peu dire que je n’avais jamais vu une chauve-souris de si prêt !

En route pour le village de Reko à 13h pendant que Elin commence un autre exercice a Boursouma, je me sentais terriblement mal. Au bord des larmes tant j’étais en souffrance. J’ai pris le parti de prendre un de ces fameux comprimés qui restent dans mon portefeuille, avec l’espoir d’aller mieux. J’avais complètement oublié la pommade magique de la fée… Mais bon, j’ai du boulot à abattre et comme je me sens mal a peu prêt en permanence quand je suis ici, cela ne sert rien de me porter pâle… Donc en route pour Reko ! Nous allons saluer le chef traditionnel en compagnie du très intelligent Conseiller du Développement Villageois (M. le CVD). Nous sommes reçus avec tous les honneurs, les gens de ce village sont vraiment très réceptifs a notre travail. Et quand je parle de tous les honneurs, nous repartons avec un coq blanc, symbole de pureté. Ce coq baptisé par mes soins « Chef Reko » est notre nouveau compère, j’espère qu’il ne fera pas l’appel à la prière trop tôt le matin, ni que les collègues le transforment en brochettes ! Je commence à aller mieux et la tempête de douleur et de désespoir se calme dans ma tette. Les médicaments y sont pour quelque chose, et l’énergie positive de l’accueil chaleureux et du cadeau aussi. Je retrouve mon groupe de travail de la veille, visiblement contents de me voir. Cette fois ci il y avait table et banc pour faire notre exercice et je dois bien admettre que c’était bien plus confortable. Nous avons parle des plantes cultives et de la fertilité du sol ; les techniques de conservation du sol et de l’eau de pluie font une vrai différence pour eux, permet un rendement intéressant, mais ne restore pas pour autant la fertilité des sols. Nous avons aussi parlé des ressources des arbres qui ne sont pas le bois ou l’écorce, donc les fruits – entre autres, cela pourrait être les racines ou les feuilles – du karité et du néré (dont je vous épargne les noms scientifiques). En l’occurrence le premier arbre est malade à cause d’un parasite et le deuxième disparaît progressivement depuis le milieu des années 1980, sans qu’on le coupe ou qu’on abuse de ses ressources… Puis nous avons parlé des aspects sociaux du village : l’évolution de la population, comprenant les migrations, puis les sources de revenus, puis la gestion des crises alimentaires. Ici, les premières activités sont l’agriculture, l’élevage – qui prend une proportion de plus en plus importante dans la vie des gens- le commerce – traditionnel de produits naturel jusqu’au commerce des produits « de blancs » (pain, lait, agro-alimentaire de farine de blé, les téléphones portables et autres produits manufacturés, et emballés). Le dernier aspect est l’orpaillage, a la source de toutes les améliorations du bien être : c’est l’or qui a permis de capitaliser sur le bétail, qui permet d’acheter des céréales en temps de crise, de financer le commerce. Mais quelques que soit les diverses activités de ménages, tout revient toujours à l’agriculture, tout est toujours réinvesti dans l’agriculture. Mon plus grand bonheur, outre d’avoir appris beaucoup, c’est que les participants m’aient chaleureusement remercié parce que grâce à cet exercice, ils ont eu une nouvelle perspective sur leur histoire et leur mode de vie, sur l’agriculture, ils ont appris quelque chose a leur propre sujet… C’était donc un beau moment de recherche, un moment de magie où tout le monde se fait plaisir, apprend et réfléchi ensemble.

En rentrant à la maison nous sommes tous plus crevés les uns que les autres : H2 marchent pendant des kilomètres et des kilomètres autours des villages pour en étudier le paysage et les espèces végétales, Elin est littéralement vidée de toute énergie, épuisée, K.O. Pour ma part, je suis certes fatiguée car ces exercices demandent beaucoup d’efforts, et je suis tout à la fois rechargée d’énergie, par la satisfaction du travail accompli et bien fait qui plus est ! Donc c’est moi qui me colle a la cuisine ce soir : comme je ne me sens pas une âme de chef, j’ouvre une boite de conserve de petit-pois famille nombreuse, riz, épices…et basta. Il s’agit surtout de s’alimenter, le plaisir gustatif n’est pas vraiment là ces jours ci. Les carnivores dégusteront un reste de poulet, les herbivores du maïs grillé, et j’espère que tout le monde sera content ! A posteriori, ma recette personnelle de riz n’a pas enchanté mes amis burkinabés, mais moi j’étais bien contente.

J’aimerai bien qu’il pleuve cette nuit et que l’air soit frais demain matin…

Brousse et Bavardages : Savadogo ou Lega ?

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Dimanche 2 octobre

 

Les dimanches ne brousse n’ont pas des allures de dimanche, encore une fois la journée a été dense et c’est bien. C’est bien pour le moral de voir que le travail se lance et avance presque. Nous avons passe la matinée à Boursouma en réunion avec les notables du villages pour choisir la liste des familles qui participeraient a l’exercice d’Elin, et qui travailleraient avec moi par extension. Il faut ménager les susceptibilités, et si Elin voudrait bien ne travailler qu’avec des quartiers centraux, les vieux nous non valoir que ca va créer des scandales si nous laissons de cote des quartiers. Je vais donc me coller des entretiens là bas aussi, prendre deux jours par quartier éloignés, interviewer le notable pour plaire a tout le monde et trois ou quatre ménages dont les profils d’agriculteurs ni trop riches ni trop pauvre et ni trop vieux m’intéressent. L’anecdote qui nous amuse, c’est qu’une moité du village s’appelle Léga et l’autre moitié s’appelle Savadogo, et c’est pareil partout ! Ce n’est pas très pratique pour différencier les gens quand on vient de ‘extérieur… En même temps qu’Elin déploie une patience en or et un savoir-faire impressionnant et que je l’observe pour apprendre, je donne comme mission à a un de nos assistant de collecter des photos d’objets divers et variés qui nous servirons pour faire des petites cartes : poules, bois de chauffe, outils de cuisine, arachide, savon, plant de sorgho, plan de mil, et mille autres choses… Nous restons trois heures a l’ombre d’un grand arbre, mais le soleil tape bien, et être assis a écouter dans de telle conditions est un exercice fatiguant. A une heure nous rembarquons dans la voiture et partons pour le deuxième village de la journée. Pendant les 20 minutes de conduite cahin-caha, nous nous jetons sur le pain et les vaches-qui-rit comme des affamés que nous sommes. Nous enfilons nos maigres sandwich juste attend pour finir de mastiquer a Reko. Là bas l’ambiance n’est pas rose, le village est encore en deuil suite au décès d’une vieille. Nous présentons nos condoléances à la famille et leur laissons un présent de rigueur, puis reprenons le travail. H2 partent avec le chef des terres, les garçons (B et M) testent leurs questionnaires auprès de quelques villages cobayes, pendant que Mawa et moi nous posons à l’ombre d’un grand pour travailler avec un groupe de femme. Notre idée est de les interroger sur les évolutions du paysage et des ressources naturelles en même temps que sur les changements des modes de vie dans un exercice de chronologie. Hélas, aucune n’est originaire du village, elles sont toute mariées ici sans y avoir de racines. L’exercice est donc impossible, nous nous retranchons donc sur une carte mentale du village et de ses ressources. Cela permet de situer la location et l’existence de lieux tels que centre médical, écoles, mosquées,  centre d’alphabétisation, et autres panneaux solaires ( !). De trois dames au début, plus d’une vingtaine sont autour de nous à la fin, ne participant pas forcément mais écoutant attentivement. Une quinzaine d’homme sont aussi présents à quelques mètres en retrait, assis sur des bancs, écoutant aussi et en se retenant tant bien que mal de faire de commentaires et d’émettre des contestations. C’est par la force d’une promesse de faire un autre exercice avec eux qu’ils veulent bien laisser les femmes parler et avoir leurs opinions. Ce sont néanmoins à eux qu’il faut s’adresser pour avoir des informations sur l’accès aux téléphones portables et a la couverture du réseau. Ils nous indiquent l’existence de panneaux solaires –  investissements d’individus pour la communauté, qui permettent de charger les batteries et les téléphones. Quand nous prenons congé de ces dames qui ne prennent pas congé de nous (elles ne partent pas), nous nous adressons à ces messieurs pour faire la chronologie qui me tient à cœur. Quatre d’entre eux participent activement et les autres écoutent, bavardes ou baillent aux corneilles. Nous passons une première demi-heure- difficile à essayer de faire évaluer l’évolution de la pluviométrie en terme de décennie, mais une fois revenus de la prière de 16h – village musulman oblige – tout s’éclaire. Allah est Grand et ils comprennent tout a coup le mode de pensée de l’exercice et s’amusent beaucoup  à évaluer les changements en terme d’arbres, de petit bétail, de gros bétail, de récolte… ils se concertent pour repartir les petits cailloux dans les cercles des décennies, et ne veulent bien nous expliquer leur choix que quand ils ont fini de se concerter et de tout remplir. J’apprends donc que le gros bétail est arrivé dans deuxième moitie des années 80  grâce aux revenus des migrants de Cote d’Ivoire ou des bénéfices de l’orpaillage, que le petit bétail de moutons et de chèvres est une activité traditionnelle qui a failli disparaître dû aux vols incessants (les Peuls prennent cher en accusations). C’et depuis les années 1990 que les fermiers se sont organisés pour garder le petit bétail et que les points d’eau ont augmenté que le petit bétail a pris un place grandissante dans leur activités.

De retour a la maison nous sommes tous sur les rotules. Nous nous offrons une boisson américaine sur le chemin du retour, et je m’effondre sur une natte a l’ombre dans notre cour. Je n’y reste pas longtemps au risque de m’endormir. Après une douche pour me decrasser et me rafraichir, je me remets au boulot. Et puis finalement, je me sens dimanche car j’ai le plaisir d’avoir Papa et Maman et l’Asticot au téléphone pendant 30 merveilleuses minutes, puis K arrive enfin à m’appeler. C’est le bonheur, je me sens aimée et entourée ! Je fini la journée en écoutant Mawa qui me raconte les différentes cultures su Burkina Faso, et une nouvelle question de recherche voit le jour : quel est le rôle des femmes dans le reverdissement, puisque leur mari leur laissent les champs dégradés qu’ils récupèrent une fois qu’elle en ont restore la fertilité ? Affaire à suivre…

Brousse et Bavardage : au travail !

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Samedi 1er octobre 2011

 

Premier jour de recherche pour de vrai de vrai ! Pourtant ce n’était pas gagné : il y a eu un décès dans le village de Reko où nous avions pris rendez-vous pour travailler toute la journée. Respecter un village en deuil, c’est bien normal, t peu pratique pour la recherche tout à la fois. Heureusement les villageois de Boursouma se sont montrés flexibles et nous ont accueillis avec nos questions chiantes. Je teste donc mon enquête de patrimoine et capital ; j’ai besoin de roder les questions et les explications. La première partie sur les sources du capital physique ne passe pas très bien, n’est pas bien comprise, aussi et surtout parce que je ne trouve pas mes mots pour expliquer ma question. Par contre les questions sur le capital financier et la bouffe sont nettement mieux comprises, et cela m’apporte une grande source de satisfaction. J’apprends beaucoup sur les modes de vie, et aussi sur les différences par rapport aux Haoussa du Niger. Ces Mossi là sont nettement moins pauvres. Un exemple ? Ils m’offrent de m’asseoir sur un transat ou une chaise en paille à chaque occasion. Au Niger il n’y avait que des nattes pour s’asseoir, rien d’autre. Et puis ici les gens mangent de la viande et du poisson plus souvent : il y a toujours un peu de poisson séché qui marine dans la sauce. Chose inimaginable a Warzou ou Maissakoni ! Par contre, mon enquête prend beaucoup plus de temps par rapport a ce à quoi je m’attendais : deux heures par ménage si je parle avec Monsieur, puis Madame. Je fais le premier sous le soleil et suis tellement contente de mettre enfin la main à la pâte que je ne souffre pas du soleil de midi. Au bout de deux heures, nous retournons quand même à la voiture pour nous réhydrater et manger un bout. Puis repartons parler à une deuxième famille qui nous attend de pied ferme. Le Monsieur est le notable du quartier et si lui est vieux et pas très rapide, son épouse est très intéressée et très intéressante. Elle est stratégique dans sa classification de ses sources de revenu et évalue très finement le poids relatifs des ventes de petit et gros bétail – on ne vend pas une vache aussi souvent qu’une poule. Cela nous a donné une autre perspective par rapport à notre premier informant qui avait classé la vente de son hypothétique bœuf comme à la moitié de ses revenus, sachant que sa vache venait de mourir en laissant un veau qu’il ne vendrait pas avant plusieurs années. Il était un peu Perette et son pot au lait ce gentil monsieur. Mais c’est l’expérience de l’intervieweur que de pousser les informants à la réflexion pour qu’ils prennent la mesure de leur réponse initiale. Cela va sans dire que en rentrant le soir, je me suis effondrée de sommeil, avec des coups de soleils sur les mains et le bout du nez….

Brousse et Bavardages : le jeu de piste

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Lundi 26 septembre

Encore une journée particulièrement éprouvante, il fait plus de 40° et la chaleur est accablante. Pourtant, nous partons de bon matin sur la route, pour continuer notre quête de village, et pour trouver une maison point de chute dans la ville de Kaya. Nous nous rendons donc dans des lieux sélectionnés avec soin ce  week-end pour les mettre à l’épreuve de la réalité. Nous ne sommes pas déçus ! Tous sont intéressants : il y a une diversité du paysage et des ressources. Certains ont appris la technique du zaï il y a 25 ans avec un groupement et disent qu’à présent il y a trop d’arbre dans les champs. Leur village est bien vert mais tout autour le paysage ne paye pas de mine, les sols sont nus et rien ne pousse. Un autre village assez recule a une route de latérite digne d’une autoroute Paris-Lyon ; la Banque Mondiale distribue parfois son argent d’une drôle de manière… Ce site est lui aussi bien boisé, mais trois kilomètres plus loin, sur une route de carriole, nous trouvons un paysage qui n’a pas bougé depuis 25 ans. Il ne reste que quelques grands arbres, mais aucun rejet ou arbuste. C’est exactement ce genre de site qui m’intéresse, comme un site de contrôle pour voir l’impact de l’évolution des ressources naturelles sur le bien-être des familles. Pour vous donner une idée des procédures, nous gardons les yeux grands ouverts sur la végétation, les arbres, les techniques agricoles, les récoltes et les infrastructures, puis nous nous arrêtons prêt d’une habitation et trouvons un homme pour nous parler. En effet, aucune femme ne nous adressera la parole sans l’accord préalable d’un mâle de sa communauté. Donc nous nous adressons à un homme et lui posons des questions sur les pratiques agricoles au village, sur les arbres dans les champs, sur la taille du village et ses infrastructures, et les projets qui y ont travaillé ou qui y travaillent encore. En 10 minutes nous avons un aperçu qui nous permet de déterminer si le site est intéressant et de quelle manière et nous évitons ainsi la case chef du village qui nous aurait garde pour une heure de salamalec.

Mais aujourd’hui la chaleur est terrible, insupportable. Même dans la voiture avec la clim’, c’est un martyr, on se croirait dans un sauna. Chaotés sur la route, le soleil brule par la fenêtre. Fatigués jusque dans mes os, le sang ne circulant plus dans mes jambes, je frise un moment de désespoir. Mais que fais-je dans ce pays ou je n’ai pas ma place, ou je ne comprends rien à rien, et qui me rend malade par son climat et ses moustiques… Mais dans quelle galère me suis-je embarquée ? Encore trois ou quatre années de cela ? Pour quoi faire au juste ? ne suis-je donc pas capable de vivre dans le seul pays où le climat me convient, le mien, la France ? Pourquoi ai-je choisi pour vivre sans même vraiment en prendre conscience des pays aux conditions climatiques extrêmes qui me rendent malheureuse ? Sortez-moi d’ici par pitié….

Et puis je me suis souvenu de la crème d’urgence aux vertus mirifiques que la fée m’avait donné avant de quitter la France. Une petit massage sur les tempes et je retrouve mon calme, le soleil tape déjà moins fort, je me sens juste fatiguée fatiguée fatiguée…